Crise grecque : quelles leçons, quels impacts ?
Éclairage de Jean-Paul Betbèze, Chef économiste du Crédit Agricole, sur la crise en Grèce.
La première leçon que nous donnent les événements actuels en Grèce, c’est que l’économie a toujours raison. Les politiques peuvent vouloir cacher la vérité, retarder les échéances, vient toujours un temps où il faut payer ce qu’on doit : personnes privées, entreprises, État.
La deuxième leçon est que les marchés comprennent les déficits et les dettes, mais qu’ils s’impatientent (on dit qu’ils “s’inquiètent”) s’ils ne voient pas assez vite de réponse suffisamment nette. Cette réponse, d’ailleurs, ne peut être uniquement celle des économies à faire dans la sphère publique. Elle doit être, aussi, celle du soutien à la croissance. Il ne s’agit pas seulement de dépenser moins d’argent public mais, plus encore, de se donner les moyens de gagner plus d’argent privé.
La troisième leçon est que les mêmes questions peuvent se poser ailleurs. Les marchés ne sont pas respectueux des “grands pays”, ils sont plutôt méthodiques et s’intéressent d’abord au point faible du dispositif. Pour l’Europe, c’est la Grèce - mais c’est bien dans le cadre du dispositif euro - et il faut donc absolument la soutenir. Dès lors, les 110 milliards promis à la Grèce sont effectivement destinés à l’aider... et à protéger les autres, pour éviter la déferlante de l’effet domino... sur l’euro.
La quatrième leçon est que l’union - seule - fait la force, et que le temps passé à discuter, mesurer, calibrer le soutien à la Grèce a été chèrement payé. Quand il y a le feu à la maison, les voisins ne se réunissent pas pour savoir s’il faut appeler les pompiers et leur dire d’épargner l’eau.
La cinquième leçon est qu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir. Les crises des dettes publiques viennent de loin. Elles ne surprennent jamais. On peut toujours les réduire, les arrêter, mais il faut se décider à agir. Et il n’y a là que deux solutions : toujours la réduction et la modération de la dette publique par la modernisation et la réforme de l’État, ainsi que le soutien à la croissance privée par la dynamisation des entreprises. La diète publique, en effet, est toujours insuffisante. Elle anémie le patient, irrite les populations, inquiète les marchés. Il faut la coupler avec des politiques industrielles de soutien à l’innovation, à la prise de risque... Ou alors c’est la crise, et la vente d’entreprises à l’encan. Mais comment soutenir la reprise sans cet “ajustement” classique ? Réponse : par des actions européennes plus coordonnées, plus ciblées, bref par plus d’Europe. Au fond, ce qui se passe en Grèce nous dit : on ne peut pas passer à côté des chiffres, on ne peut se sortir seul de l’après-crise, et il faut agir vite.
Jean-Paul Betbèze, Chef économiste du Crédit Agricole
Crise grecque : quelles leçons, quels impacts ? (06/2010)






