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Notre histoire

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La question du crédit à l’agriculture à la fin du XIXe siècle

Poligny
A la fin du XIXe siècle en France, l’agriculture peine à trouver des crédits adaptés, c’est-à-dire à long terme, souples et bon marché. Plusieurs tentatives de création de banques de l’agriculture, dont une en 1861 sous l’égide du Crédit foncier, ont échoué. La loi de 1884 sur la liberté d’association professionnelle, qui permet la formation de syndicats agricoles, l’exemple des banques mutualistes en Allemagne et en Italie constituent alors un contexte favorable à l’émergence de structures adaptées : c’est ainsi que naît en 1885 la Société de crédit agricole de l’arrondissement de Poligny (Jura), première du genre, sur la base d’une initiative locale de Louis Milcent.
Photo : Le siège de la société de crédit agricole de l’arrondissement de Poligny à Salins (Jura)


La naissance du Crédit agricole, 1894

Jules-Meline
La volonté de la IIIe République de s’attacher le vote paysan en soutenant la petite exploitation familiale et les efforts du ministre de l’agriculture Jules Méline aboutissent au vote de la loi du 5 novembre 1894, acte de naissance du Crédit agricole : la loi autorise la constitution de caisses locales de crédit agricole entre les membres de syndicats agricoles, qui engagent leur responsabilité selon le principe du mutualisme. C’est le choix de la décentralisation qui est fait, au détriment d’autres projets centralisateurs. Ces caisses locales, constituées sous la forme de sociétés coopératives de droit privé, forment le premier niveau de la « pyramide » institutionnelle édifiée par le Crédit agricole. Il faut noter qu’en raison de l’aversion traditionnelle de la paysannerie pour le crédit, les premières caisses sont la création d’élites locales composées d’agronomes, de professeurs, de propriétaires, et que les agriculteurs sont encore minoritaires.
Photo : Jules Méline, promoteur de la loi de 1894 sur le Crédit agricole.


Le soutien de l’Etat et la création des caisses régionales de crédit agricole, 1899

Loi-31-mars-1899
La loi de 1894 ne comportait aucun avantage financier et, assez vite, les caisses locales se trouvent confrontées à des problèmes financiers : manque de capitaux, garanties insuffisantes des petits exploitants. L’Etat prend des mesures partielles, notamment avec la loi de 1898 sur les warrants agricoles qui aide à résoudre la question des garanties, et d’autres mesures plus globales ; en 1897, il impose à la Banque de France d’accepter à l’escompte les effets des syndicats agricoles et d’apporter des ressources au Crédit agricole sous la forme d’une dotation de 40 millions de francs or et d’une redevance annuelle de 2 millions. Pour répartir ces avances, la loi du 31 mars 1899 met en place une commission du ministère de l’Agriculture et surtout, institue les caisses régionales de crédit agricole mutuel (au nombre de 9 la première année). Ces caisses coopératives, deuxième niveau dans la pyramide institutionnelle du Crédit agricole, fédèrent les caisses locales de leur ressort et encouragent la création de nouvelles caisses locales.
Photo : La loi de 1899 sur les caisses régionales de Crédit agricole.


L’essor des caisses locales et régionales, 1900-1919

Couverture-dossier-de-prêt-Morbihan
Grâce à une propagande active, les caisses locales comme les caisses régionales se multiplient. A la veille de la première guerre mondiale, chaque département est pourvu au moins d’une caisse régionale. Toutefois, malgré la possibilité de pratiquer des prêts à long terme ouverte par les lois du 29 décembre 1906 (prêts aux coopératives agricoles) et du 19 mars 1910 (prêt à long terme individuel), le prêt à court terme reste prépondérant et, en dépit de progrès dans la collecte, l’Etat continue d’assurer les ¾ des ressources. La première guerre mondiale souligne ces carences et les atouts du dispositif du Crédit agricole : l’isolement de certaines régions montre la nécessité d’une banque centrale régulatrice ; par ailleurs, le Crédit agricole est sollicité pour financer la mise en valeur de terres en friche pendant la guerre, puis pour le rétablissement des exploitations situées sur les théâtres des opérations. Enfin, il devient de plus en plus l’outil de promotion de la petite propriété rurale.
Photo : Un dossier de prêt à une coopérative du Morbihan, 1913.


La loi du 5 août 1920 et la création de l’Office national de Crédit agricole.

Personnel-CNCA-1929
Afin de donner plus d’autonomie à ce qui n’était alors qu’une direction du crédit au ministère de l’Agriculture et de créer un organisme central de compensation entre les caisses régionales, la loi du 5 août 1920 institue l’Office national de Crédit agricole, établissement public qui prend l’appellation de Caisse nationale de Crédit agricole (CNCA) en 1926, marquant un peu plus sa vocation de banque des caisses régionales. La direction générale de la CNCA est confiée à Louis Tardy, qui marquera durablement l’institution de son empreinte. La pyramide institutionnelle du Crédit agricole est ainsi achevée, réunissant des structures de droit privé et un établissement public jusqu’à la loi de mutualisation de 1988. La loi de 1920 constitue en outre le cadre juridique des opérations du Crédit agricole en France.
Photo : Le personnel de la CNCA en 1929, autour du directeur général Louis Tardy.


1920-1945

Affiche-Prêts-aux-cultivateurs
Au cours des années 1920, le Crédit agricole complète sa couverture territoriale. Il est autorisé à ouvrir des crédits aux petits artisans ruraux en 1920, puis finance activement l’électrification des campagnes à partir de 1923 ; il utilise les premiers mécanismes de prêts bonifiés à l’agriculture à partir de 1928. Les caisses locales et régionales ne sont pas épargnées par la crise de 1930 ; les plus exposées sont aidées par la CNCA, dont les missions de contrôle sont accrues, puis un fonds commun de garantie des dépôts est créé en 1935. Mais le Crédit agricole joue aussi un rôle important dans la sortie de crise agricole : il finance par l’escompte les stocks de blés lors de la création de l’office des céréales (ONIC) en 1936. Les mécanismes de paiements utilisés permettent alors de populariser l’usage du chèque et du compte bancaire dans les campagnes.
Si le régime de Vichy alourdit la tutelle de l’Etat pendant la guerre de 1939-45, ce n’est qu’une parenthèse institutionnelle. En revanche, les mutations financières sont importantes ; du fait de l’épargne abondante née de l’atonie économique due à la guerre, le Crédit agricole crée le bon à 5 ans, produit d’épargne simple et sûr qui connaît un très grand succès et amorce la marche du Crédit agricole vers l’autofinancement. Les flux financiers entre l’Etat et le Crédit agricole s’inversent car le Crédit agricole remonte désormais l’épargne des campagnes vers le Trésor.
Photo : Affiche de promotion des services du Crédit agricole, années 1930.


1945-1966 : le succès de la collecte

Affiche-1954
Pour se mettre en mesure de financer l’effort de reconstruction de l’après-guerre et la mécanisation de l’agriculture, le Crédit agricole intensifie la collecte pour compléter les ressources venues de l’Etat. Les caisses régionales ouvrent de nombreux bureaux (1000 en 1947, 2259 en 1967) tandis que les démarcheurs placent des bons à 5 ans et les obligations à long terme créées en 1950. Ces progrès de la collecte mettent le Crédit agricole en situation de s’autofinancer à partir de 1963.
En 1945, est créée la Fédération nationale du Crédit agricole (FNCA), association de représentation des caisses régionales auprès des pouvoirs publics et de la CNCA, qui, « refondée » en 1947, va jouer un rôle croissant dans la formation du personnel et surtout l’extension des compétences du Crédit agricole, notamment pour offrir aux déposants les crédits et services attendus en retour des dépôts. A cet égard, 1959 constitue une date importante car le Crédit agricole est autorisé par décret à financer le logement principal en milieu rural, quel que soit le statut du propriétaire.
Le Crédit agricole devient l’outil financier des lois d’orientation agricole de 1960 et 1962, qui visent à donner la parité sociale et économique aux paysans français face aux autres secteurs de l’économie et à les préparer à affronter la concurrence du Marché commun. C’est à partir d’un décret d’application de 1965 que ces mesures vont donner leur plein effet.
Grâce à un ample renouvellement des dirigeants à la fois dans les caisses régionales et à la Caisse nationale (Paul Driant, premier président issu du monde agricole en 1960, Jacques Mayoux, directeur général en 1963), l’institution Crédit agricole se modernise profondément.
Photo : Affiche d’un emprunt obligataire de la CNCA (1954), un des outils du succès de la collecte.


Vers la banque universelle, 1966-1988

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En 1966, dans le cadre de réformes financières importantes menées par le gouvernement visant à la fois à dynamiser l’épargne et à « débudgétiser » ses interventions, la Caisse nationale de Crédit agricole obtient l’autonomie financière : sa collecte ne passe plus par le Trésor et c’est elle qui assure désormais la péréquation entre caisses régionales déficitaires en ressources ou excédentaires.
La loi de la « ruralité » de 1971 étend les possibilités de financement du Crédit agricole aux zones rurales, et aussi en direction de nouvelles clientèles, comme les artisans et les industries agro-alimentaires. D’autres réformes étendent le champ de compétences du Crédit agricole (élargissement des zones rurales, prêts aux PME-PMI) en même temps qu’elle réduisent ses avantages fiscaux. Par ailleurs, pour répondre à des besoins spécifiques et contourner la rigidité du code rural, des filiales sont créées par la CNCA : Union d’études et d’investissements (UI) en 1967 pour les prises de participations, Segespar en 1968 pour la gestion d’actifs, Unicrédit en 1971 pour les crédits aux industries agro-alimentaires.
Le Crédit agricole s’affirme comme la banque du logement et des ménages en distribuant des prêts d’épargne-logement à partir de 1967, des prêts immobiliers conventionnés à partir de 1972 et des prêts d’accession à la propriété en 1977. Depuis la création en 1966 d’un service de publicité chargé de gérer la marque Crédit Agricole, une stratégie de marketing se met progressivement en place : en 1976 est lancée la signature « le bon sens près de chez vous ».
Sur le plan international, le Crédit agricole ouvre sa première succursale à Chicago en 1979. Cette année-là, la revue « The Banker » classe le Crédit agricole au premier rang mondial des banques, ce qui fait d’un coup apparaître sa puissance financière et son insertion dans la communauté bancaire. La loi bancaire de 1984 entérine cette insertion car elle s’applique au Crédit agricole jusque-là soumis uniquement au code rural, tout en reconnaissant son organisation particulière. La signature d’un accord d’interbancarité en 1984, qui marie la carte bancaire verte du Crédit agricole avec la carte bleue des autres banques, marque un pas supplémentaire dans l’intégration.
Photo : C’est en 1976 qu’est lancée la célèbre signature « le bon sens près de chez vous »


De profondes mutations institutionnelles, 1988-2001

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Une étape importante de l’histoire du Crédit agricole est franchie avec la loi de mutualisation du 18 janvier 1988 : le capital de la CNCA - transformée en société anonyme - est cédé par l’Etat pour 90% aux caisses régionales et pour 10% au personnel. Le Crédit agricole devient totalement indépendant de l’Etat, ce qui met fin entre autres aux prélèvements autoritaires de ses excédents. En 1993, Lucien Douroux, qui avait porté le projet de mutualisation à la FNCA avec le président Yves Barsalou, devient le premier directeur général de la CNCA nommé par le Crédit agricole et issu de ses rangs. En introduisant en bourse en 2001 la CNCA sous le nom de Crédit Agricole S.A. (CAsa), les caisses régionales, actionnaire majoritaire, disposent d’un véhicule coté pour participer à de grandes opérations de croissance externe.
Du côté des caisses régionales, un regroupement est amorcé officiellement à partir de 1990 dans un souci de maîtrise des coûts : l’objectif est d’arriver à la moitié des 89 caisses existant alors. Il est dépassé à l’orée du XXIe siècle. En 1990, le Crédit agricole perd le monopole des prêts bonifiés à l’agriculture et, en 1991, se termine son processus de « normalisation », puisque le financement des grandes entreprises lui est ouvert.
Photo : Prospectus de l’introduction en Bourse de Crédit agricole SA en 2001


Changement d’échelle : années 2000

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La diversification opérée par le Crédit agricole dans ses métiers avait commencé dès la fin des années 1980 : en matière d’assurances, la filiale d’assurance vie Predica, créée en 1986, devient n° 1 français en 1994, tandis que Pacifica est créée en 1990 pour couvrir le secteur de l’assurance dommages. Sur le plan international, des participations sont prises dans le capital du Banco Ambrosiano Veneto (Italie) en 1989 et du Banco Espirito Santo (Portugal) en 1991, mais c’est l’acquisition de la Banque Indosuez en 1996 qui fait passer le Crédit agricole à la vitesse supérieure en matière de banque de financement et d’investissement et de réseau international. En 1999, la diversification se poursuit avec l’entrée dans le capital du Crédit lyonnais à la faveur de la privatisation de l’établissement et l’acquisition d’un des leaders du crédit à la consommation, Sofinco (qui sera suivie de Finaref en 2003).
Un pas de géant est effectué dans le développement en juin 2003 avec la réussite d’une offre amicale d’échange de Crédit Agricole SA sur le Crédit lyonnais, à l’issue d’une bataille boursière déclenchée par la cession aux enchères en décembre 2002 de la part de l’Etat dans cette banque. Le rapprochement opéré en 2003 et 2004 donne lieu au regroupement des différents métiers par filiales : c’est ainsi qu’en 2004 naît Calyon, filiale issue du rapprochement des activités de banque de financement et d’investissement du Crédit lyonnais et de Crédit Agricole Indosuez, tandis que le Crédit lyonnais, recentré sur la banque de détail, lance sa nouvelle marque LCL en août 2005. Crédit agricole SA entame un ambitieux plan de développement en 2005, qui doit notamment accroître l’internationalisation du groupe, tandis que les caisses régionales se donnent en 2004 pour objectif d’incarner la banque de la relation durable et de conforter leur place de leader français, en pénétrant davantage les grandes villes.
Photo : Le logo du rapprochement entre Crédit agricole SA et le Crédit lyonnais, 2003.

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