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Des chiffres, encore des chiffres…

Il fallait ouvrir l’hebdomadaire Le Point la semaine dernière pour être surpris, voire stupéfait. Un chiffre, un seul, mais quel chiffre : 14% ! En effet, selon une étude de l’OCDE, 14% des emplois actuels sont menacés de disparaître dans les pays industrialisés au cours des vingt prochaines années en raison de l’automatisation.

Et le journal d’entrer dans le détail : « 16,4% pour la France, une proportion très légèrement au-dessus de la moyenne, plus faible en Norvège (5,7%), en Finlande (7,2%), et en Suède (8%), en revanche beaucoup plus élevée en Grèce ((23,4%) et en Slovaquie (33,6%) ». Voilà qui donne à réfléchir et qui pose la question de l’avenir du travail. Si ce dernier disparaît sous ses formes les plus traditionnelles, comment va-t-il se régénérer ?

Et le journaliste économique, Pierre-Antoine Delhommais de signer une chronique au vitriol toujours dans le même magazine : « Macron, l’adieu au libéralisme ». Pour lui, le locataire de l’Elysée « est devenu le président de la fiche de paie et il semble avoir renoncé à « désétatiser » l’économie française. Le journaliste accuse le président d’avoir glissé dans le portefeuille des Français plus de 15 milliards d’euros d’argent public, du jamais vu depuis 1981. Et d’ajouter : « en cinq mois, celui qui espérait relancer la croissance par les exportations est devenu celui qui propose de doper le PIB par l’achat de produits made in China. En un mot, celui qui était accusé depuis deux ans d’être un abominable libéral s’affiche aujourd’hui ouvertement comme un fervent keynésien ». Le propos est lourd, la frappe chirurgicale, le constat sans appel.

Au même moment, l’économiste Nicolas Baverez pointait du doigt le risque de la guerre des droits que se livrent les Etats, arguant que « l’argument juridique est devenu une arme de déstabilisation massive. L’impérialisme américain se caractérisant par exemple par le refus du multilatéralisme au profit de l’extraterritorialité de son droit à travers les autorités de régulation, les sanctions visant entreprises et Etats étrangers (Chine, Russie, Iran, Venezuela, Cuba…) ».

Et comme un fait exprès, les conséquences de cette politique se sont fait ressentir cette semaine comme le rapporte le quotidien Les Echos dans son édition de lundi. Les marchés asiatiques ont eu un réveil douloureux puisque les principales places boursières ont largement dévissé. Le responsable : Donald Trump, qui, la nuit précédente, avait annoncé un relèvement des droits de douane sur des produits chinois à compter de ce vendredi. «En Chine continentale, l'indice composite de Shanghai a clôturé en baisse de 5,58 % tandis que celui de Shenzhen a perdu 7,38 %. A la Bourse de Hong Kong, l'indice Hang Seng a presque perdu 3 % (2,9 %), tandis que les marchés restaient fermés ce lundi au Japon, les places boursières à Taïwan, à Singapour, en Australie et en Indonésie s'inscrivaient toutes en forte baisse. Les investisseurs ont été pris par surprise par les tweets rageurs de Donald Trump, à quelques jours de la tenue de  négociations commerciales à Washington présentées comme celles de la dernière chance .

Le président américain, qui avait tweeté ces dernières semaines pour se féliciter de l'avancée des négociations, a annoncé une hausse à venir de 10 % à 25 % des droits de douane sur 200 milliards de dollars de produits chinois, justifiant cette mesure par le fait que les négociations n'avançaient pas assez vite ». Signe de l'embarras de Pékin, le régime communiste n'avait pas réagi lundi en milieu de journée aux propos de Donald Trump, dont les médias officiels ne faisaient pas même état.

Selon plusieurs médias américains, le gouvernement chinois envisagerait désormais d'annuler les tractations si le ton devait encore monter. Une telle annulation serait conforme à la stratégie de Pékin de ne pas négocier sous la menace. « Nous ne négocierons pas avec un pistolet sur la tempe », avaient prévenu les autorités chinoises l'an dernier, en pleine escalade des tensions commerciales avec Washington. C’est donc une nouvelle fois la stratégie de la menace qui s’exprime, signe que le temps des négociations et de la diplomatie douce est derrière nous. Les conséquences pourraient être dangereuses. Et là encore, il sera toujours temps de faire les comptes. Des chiffres, encore des chiffres…

Christian Moguérou

 

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