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Le travail à la fête ?

Les syndicats faisaient un peu profil bas mercredi 1er mai, rageant de ne pas avoir su mobiliser plus de militants dans les rues des grandes villes de France. Et pourtant, le sujet était d’importance, celui du travail qui continue d’alimenter les commentaires des observateurs et des analystes financiers.

Le travail, l’emploi et donc naturellement le pouvoir d’achat est « THE SUJET », comme l’expliquait un journaliste du Wall Street Journal en tout début de semaine. Et aux Etats-Unis, les nouvelles sont d’ailleurs plutôt bonnes. En effet, comme le rapporte le quotidien LE FIGARO dans son édition de jeudi, les créations d’emplois dans le privé aux États-Unis ont atteint en avril leur plus haut niveau depuis juillet. «Make America great again» (rendre sa grandeur à l’Amérique), avait promis le candidat républicain lors des élections présidentielles américaines. Pour que son slogan se transforme en réalité, Donald Trump n’a pas hésité mardi à faire pression sur la banque centrale américaine, institution réputée pour son indépendance. Lui demandant par tweet de baisser les taux pour faire décoller l’économie «comme une fusée» et l’accusant d’avoir «constamment» relevé les taux et freiné l’économie. Et le Figaro d’ajouter : « Comme prévu, la Fed a ignoré mercredi ces injonctions. Face à une croissance robuste et malgré une inflation faible, en dessous de sa cible de 2 %, la banque centrale a laissé ses taux inchangés, comme le prévoyaient la plupart des observateurs. «La baisse de l’inflation ne devrait être que temporaire, alors que la solidité de la croissance économique et du marché de l’emploi, tout comme les risques pour la stabilité financière d’une politique monétaire trop accommodante, ne parlaient pas en faveur d’une baisse des taux d’intérêt aux États-Unis», estime Valentin Bissat, économiste stratégiste pour la banque suisse Mirabaud ».

À l’issue de la troisième réunion du comité de politique monétaire depuis le début de l’année, la Fed a donc maintenu, dans une décision unanime, ses taux au jour le jour dans la fourchette de 2,25 % et 2,50 %, répétant qu’elle serait patiente pour déterminer les futurs ajustements. Et le Figaro de commenter : «la politique monétaire américaine ne peut se régler d’un tweet. L’activité du secteur manufacturier a certes ralenti plus que prévu en avril, tombant à son rythme le plus faible depuis l’élection de Donald Trump, selon l’indice ISM manufacturier. Et l’inflation est faible.

Mais, comme le souligne Rabobank, l’économie américaine ne va pas si mal: «Si on compare le rythme de croissance sur un an, le 1,2 % de la zone euro est significativement en dessous des 3,2 % publiés la semaine dernière pour les États-Unis.» En Bourse, le S&P 500 a gagné 3,9 % en avril, signant ces quatre derniers mois sa plus forte hausse depuis près de neuf ans. Enfin, même si le chiffre est gonflé par des facteurs techniques, les créations d’emplois dans le privé aux États-Unis ont atteint en avril leur plus haut niveau depuis juillet (+ 275.000), selon l’enquête ADP. La baisse des taux pouvait attendre! ».

Et pourtant, La Bourse de Paris reculait jeudi matin à l’ouverture (-0,61%), refroidie comme Wall Street par des propos du président de la Fed sur l’inflation qui limitent les espoirs d’une baisse des taux à court terme. L’indice CAC 40 perdait 34,15 points à 5.552,36 points. Mardi, avant sa pause pour le 1er mai, il avait fini en légère hausse de 0,10%. « Les indices européens, comme les places américaines avant eux, sont «quelque peu perturbés par le message ambigu» du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell et son «manque de compassion» face aux risques du ralentissement de la conjoncture, ont souligné les experts de Mirabaud Securities ».

Et les explications n’ont pas tardé. «La Fed a douché les attentes, forçant les marchés à réévaluer la possibilité d’un assouplissement monétaire», a même estimé Jasper Lawler, de London Capital Group. En matière commerciale, la Chine et les Etats-Unis ont achevé mercredi à Pékin une nouvelle session de négociations concernant leurs différends commerciaux, des réunions qualifiées de «fructueuses» par les Américains, avant de nouvelles discussions à Washington la semaine prochaine.

En France, ce sont les exonérations des heures supplémentaires qui suscitent le débat. Comme le souligne la presse spécialisée, « elles doivent répondre aux revendications des «gilets jaunes». Les exonérations d'impôt et de charges, entrées en vigueur au 1er janvier, avaient été annoncées avec d'autres mesures d'urgence le 10 décembre dernier par Emmanuel Macron. Selon Matignon, cette défiscalisation et désocialisation des heures supplémentaires rapportera 3 milliards d'euros de pouvoir d'achat cette année. Matignon annonce ainsi que 6,8 millions de salariés du privé ont effectué en moyenne 11 heures supplémentaires par mois au 1er trimestre 2019. Ce qui représente pour eux «un gain de pouvoir d'achat de 670 millions d'euros» : 400 millions d'euros de cotisations sociales et 270 millions d'euros d'impôt sur le revenu. Ainsi, un salarié rémunéré 1500 euros net par mois et réalisant 11 heures supplémentaires par mois bénéficiera d'un gain de pouvoir d'achat annuel d'environ 600 euros, soit 50 euros par mois, fait valoir Matignon ».

Et les Echos de conclure dans son édition du jour : «L'économie française devait résister aux vents contraires qui soufflent sur l'économie mondiale, grâce à sa demande intérieure. Cet espoir est un peu déçu au premier trimestre. La croissance de l'activité dans l'Hexagone a atteint 0,3 % sur les trois premiers mois de l'année ». Les ménages français seraient dorénavant plus enclins à épargner. Pour simplement placer le fruit de leur travail.

Christian Moguérou

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