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Les Français veulent s’épargner tout stress financier

Il n’était pas question de ravauder le passé pour cette dernière chronique de la saison, mais plutôt de tenter de comprendre comment les Français envisagent l’avenir au moment même où le rapport sur la réforme des retraites alimente déjà toutes les conversations.

Si la chaleur de cet été 2019 ne se dément pas, si la sécheresse s’accentue inlassablement, c’est un léger coup de froid qui vient relativiser la confiance qu’ont les Français en l’avenir. Et comme de coutume, les incertitudes liées au contexte économique incitent nos compatriotes à mettre de l’argent de côté avec une préférence marquée pour l’immobilier et les placements financiers peu risqués.

 

Et le quotidien Le Figaro d’entrer dans le détail : « En période d’incertitude et de crise, les Français mettent prudemment de l’argent de côté. Leur taux d’épargne a progressé l’année dernière, pour atteindre 14% du revenu disponible des ménages. « Le ralentissement économique, l’érosion des gains de pouvoir d’achat et la situation sociale sont autant de facteurs poussant à un renforcement de l’épargne à court terme », constate le Cercle de l’épargne dans une note récente.

 

La tendance ne se dément pas cette année. La banque BPCE prévoit un taux d’épargne des ménages de 15% en 2019, boosté par un climat d’incertitude économique. Un sondage réalisé par Ipsos TNS Sofres pour la banque confirme cette hypothèse. Les ménages restent pessimistes quant à leur situation financière individuelle, même s’ils sont plus nombreux qu’il y a trois mois à considérer que leur pouvoir d’achat va s’accroître du fait des mesures prises par le gouvernement en faveur des gilets jaunes (44% des personnes interrogées le pensent contre 38% il y a trois mois). Dans ce contexte, deux personnes interrogées sur trois pensent mettre de l’argent de côté dans les six prochains mois ». C’est donc l’attentisme qui reste de mise doublé d’un certain classicisme dans le choix des placements.

 

Les actifs sans risque, desquels ils peuvent retirer leurs économies à tout moment, conservent la préférence des Français, comme le compte courant, pourtant non rémunéré. En mai, les Français y avaient laissé s’étioler 15 milliards d’euros depuis le début de l’année, soit 2 milliards d’euros de plus que sur l’assurance-vie. « Les épargnants jugent intéressant de transférer leur épargne à partir d’un taux d’intérêt de 2% à 3% brut, en tablant sur une inflation de 1,5%, constate Éric Buffandeau, directeur adjoint des études chez BPCE.

Or le livret A ne rapporte que 0,75% et les fonds euros de l’assurance-vie, 1,8% en moyenne».

Le Figaro tente d’en expliquer les raisons : « Le livret A et l’assurance-vie sont les deux placements qu’ils privilégient quand ils dépassent cet attentisme. Ils avaient déjà placé en mai 13 milliards d’euros sur la seconde depuis janvier (contre 10 milliards l’année dernière à la même période de l’année) et 7,5 milliards sur le livret A (4,7 milliards en mai 2018).

« Dans ce contexte exceptionnel de taux extrêmement bas, les épargnants ont deux attitudes différentes, analyse Alain Tourdjman, directeur des études et prospective de BPCE. La plupart des ménages se sont finalement accoutumés à ces faibles rendements et considèrent que celle des livrets est relativement bonne compte tenu de leur liquidité et des risques encourus. Les plus aisés en revanche recherchent des alternatives, et sont de plus en plus nombreux à envisager de placer leurs économies en actions ».

 

Le magazine Investir tente d’aller plus loin dans le décryptage de l’attitude conservatrice des Français : près de neuf Français sur dix possèdent un produit d’épargne (89%), selon un sondage OpinionWay pour Altaprofits. Ils sont même 67% à en posséder plusieurs.

 

Sans surprise, « avec un taux de possession de 22% », c’est le Livret A qui est le plus souscrit malgré sa faible rentabilité. Tous véhicules de placement confondus, les Français épargnent en moyenne 44.217 euros. Une somme qui varie selon les régions.

 

Petite surprise, les habitants de Nouvelle-Aquitaine se hissent en tête des épargnants les plus économes, avec 51.701 euros en moyenne, suivis par les franciliens (51.064 euros). Les plus cigales seraient les Centrais (Centre-Val de Loire, 30.060 euros). Mais, fait marquant, ils sont 69% à ne pas savoir combien leur épargne leur rapporte !

 

Consultés sur leurs motivations à épargner, les Français répondent à 46% mettre de côté pour pouvoir faire face aux imprévus du quotidien (panne de voiture, remplacement d’appareil ménager…). Vient ensuite, à 24%, la possibilité de dissocier ses économies du compte courant. Puis, le financement de projets à long terme pour 22% (achat immobilier, préparation de la retraite, financement des études des enfants…). Enfin, pour 7% d’entre eux, l’épargne accumulée est dédiée à des projets de court terme (voyage, financement d’une voiture) ».

 

Les Français veulent s’épargner un possible coup dur à venir. Ils tirent ainsi les leçons des crises du passé. Ce qui ne veut pas dire que leur argent va hiberner. Mais pas question pour autant de flamber en plein été.

 

Christian Moguérou

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