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Les taux dans l'étau

C’est un article de l’hebdomadaire Le Point qui nous alerte cette semaine. Une chronique pour être plus précis, signée par l’économiste Nicolas Baverez : « Taux négatifs : attention, danger ! ». En effet, depuis plus de cinq ans, les taux d’intérêt négatifs se sont généralisés au Japon puis en Europe. Aujourd’hui des pays comme l’Allemagne empruntent à -0,2% et certaines émissions récentes de la France et de la Suède ont également été conclues à des taux négatifs. Et Nicolas Baverez de proposer son analyse : « au total, quelque 10 000 milliards de dollars de dettes souveraines sont concernés par cette aberration économique qui voit les investisseurs payer pour prêter et les débiteurs être rémunérés pour emprunter ».

D’autant que ces taux d’intérêt négatifs créent de facto une machine à créer de nouvelles bulles spéculatives, notamment dans l’immobilier, dans l’univers financier, des actions et des obligations. Et Nicolas Baverez de conclure : « confrontées au dilemme insoluble qui consiste à éviter une nouvelle récession et la reconstitution de bulles spéculatives facilitées par l’excès de liquidités et la gratuité de l’argent, les banques centrales, sous la pression des autorités politiques qui menacent de remettre en question leur indépendance, ont arbitré en faveur du soutien à l’économie. Quitte à alimenter la surchauffe et à sacrifier la reconstitution de leurs marges de manœuvre pour faire face à un nouveau choc, dont l’argent facile augmente la probabilité et l’intensité ».

Outre-Rhin, c’est l’avenir d’une banque symbole qui alimente les débats comme le rapporte le quotidien Le Figaro. Deutsche Bank vient en effet d’annoncer un plan de restructuration de 7,4 milliards d’euros et tire un trait sur les marchés en actions. Un plan jugé comme celui de la dernière chance pour la première banque allemande qui se voit donc contrainte de prendre des mesures radicales. Le Figaro détaille d’ailleurs ce plan d’une extrême rigueur : « Deutsche Bank va ainsi supprimer 18.000 emplois à travers le monde d’ici à 2022, soit un cinquième de ses effectifs (91.500 aujourd’hui). Du jamais-vu dans cette banque née en 1870. Dans trois ans, le nombre d’employés sera ramené à environ 74.000 personnes, a précisé la banque dans un communiqué. Le groupe explique vouloir réaliser 17 milliards d’euros d’économie d’ici à 2022 et renouer avec la rentabilité. Dimanche, le syndicat allemand Verdi Labor Union a annoncé qu’il soutenait ce plan ». Cible première de ce plan drastique : la banque de financement et d’investissement, la BFI qui réunit les activités de marché, les grandes entreprises, les fusions et les acquisitions. La BFI étant jugée comme le maillon faible de la banque avec une rentabilité médiocre. Deutsche Bank va donc réduire ses opérations dans cette branche prestigieuse qui représente aujourd’hui environ la moitié de ses revenus. Et elle va ainsi tirer un trait sur quasiment la totalité de ses activités liées aux marchés actions (trading, vente des actions…). Le Figaro précise que « Deutsche Bank s’attend à enregistrer une perte nette de 2,8 milliards d’euros au deuxième trimestre, en raison des charges de restructuration ». C’est que la vaste réorganisation de Deutsche Bank, - sans précédent dans le secteur bancaire depuis 2011, avec la suppression à l’époque de 30.000 emplois chez HSBC - coûtera cher dès cette année. Le Figaro explique d’ailleurs que « Deutsche Bank va également créer une structure de défaisance (ou «bad bank»), qui accueillera 74 milliards d’euros d’actifs risqués dont elle ne veut pas. Son rôle consistera à vendre ou à conserver jusqu’à leur échéance des actifs très peu rentables ».

On le voit le secteur bancaire poursuit sa mue, pour ne pas dire qu’il cherche à trouver son nouveau modèle de développement. Une certaine fébrilité gagne d’ailleurs les marchés en ce mois de juillet, en France, le moral des décideurs économiques est en baisse, malgré parfois de bonnes nouvelles au niveau des investissements des entreprises notamment.

Les taux dans l’étau, les banques en proie à des efforts colossaux pour se réinventer, un horizon économique plongé parfois dans un léger brouillard. L’été sera propice à retrouver la voie des éclaircies, sans surchauffe espérons-le.   Christian Moguérou

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