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Monde – Scénario macro-économique 2019-2020 : prévenir plutôt que guérir

Le cycle de croissance mondiale, forte et synchrone, a pris fin. En espérant que les négociations sino-américaines débouchent sur un accord et que la croissance chinoise accélère, sans se bercer d’illusions sur sa capacité à tracter le reste du monde, un essoufflement (mais pas un effondrement) se dessine. Il faudra essentiellement compter sur la vigueur des demandes domestiques pour atterrir en douceur autour de taux de croissance proches de leur potentiel. Et, dans le doute, préférant prévenir plutôt que guérir, les Banques centrales ont opté pour des politiques monétaires plus accommodantes qu’anticipé.

Monde – Scénario macro-économique 2019-2020 : prévenir plutôt que guérir

Fin d’un cycle de forte croissance dont l’inflation aura été absente. Fin de la vigueur synchrone des grandes économies : si, globalement, les fondamentaux d’une croissance essentiellement domestique résistent, le ralentissement du secteur manufacturier et l’érosion de la contribution des échanges extérieurs nets pèsent déjà sur la croissance.

Les économies sont, évidemment, très inégalement affectées selon leur exposition au commerce mondial et la place qu’y occupe encore le secteur industriel* : aux États-Unis, fermés et peu industriels, s’oppose l’Allemagne, largement ouverte et toujours industrielle.

Les États-Unis, la zone euro (tout comme le Japon) connaissent donc des fortunes diverses et, même en supposant un règlement du conflit commercial sino-américain et une accélération de la croissance chinoise (sans se bercer d’illusions sur sa capacité à tracter le reste du monde), n’emprunteront pas le même sentier de croissance.

Aux États-Unis, la solidité du marché du travail (taux de chômage historiquement faible alors même que le taux de participation ne se replie pas) finit par conduire à une hausse du salaire moyen qui, en l’absence d’accélération de l’inflation, viendra mordre sur les marges des entreprises et sur l’investissement productif. La contribution de la demande extérieure nette ne devrait être que très légèrement négative, permettant ainsi à la croissance de se replier « en douceur » vers son niveau potentiel (2%).

En zone euro, le repli marqué de la demande extérieure est responsable de la forte décélération de la croissance. Ce freinage a fait craindre que la zone euro, entrée tardivement dans la phase de forte expansion, n’en sorte prématurément et violemment. Mais, les salaires prenant le relais de l’emploi, la demande émanant des ménages (consommation et investissement logement) résiste. Un taux de marge des entreprises toujours élevé et un accès encore facile aux financements dans des conditions accommodantes sont propices à l’investissement. En revanche, les perspectives de redressement de la demande extérieure sont obscures et c’est l’incitation à investir qui cède. En l’absence de reprise des exportations, la croissance pourrait ne pas excéder 1,2% en 2019.

Sous les auspices de Banques centrales (presqu’étonnamment « bienveillantes » en particulier en ce qui concerne la Federal Reserve), la résistance des demandes domestiques permet donc encore de brosser un scénario de repli « ordonné » des rythmes de croissance vers le taux potentiel sous réserve, toutefois, qu’une double condition soit respectée : les négociations sino-américaines débouchent sur un accord et la croissance chinoise se redresse.

Il ne faut cependant pas compter abusivement sur la capacité de la Chine à entraîner dans son sillage le reste du monde. Une accélération de la croissance chinoise se dessine et suggère qu’elle pourrait n’être en 2019 que très légèrement inférieure à 6,5%. Mais, si le rythme de croissance importe, sa forme importe tout autant. Or, le plan de relance dessiné par les autorités chinoises n’est pas aussi « rustique » que les précédents (investissements publics, infrastructures, aides aux entreprises d’État). Outre l’assouplissement monétaire, il vise en effet notamment à stimuler la demande privée (ménages et entreprises de petite taille) au travers de baisses d’impôts et de TVA. Il peut donc se révéler efficace, mais à « infusion » plus lente et éventuellement moins gourmand en importations à brève échéance.

À défaut de compter sur une reprise du commerce mondial, on peut en revanche être assuré que les conditions monétaires resteront accommodantes : il s’agit d’éviter l’erreur monétaire de fin de cycle qui en précipite justement la fin. Arguant du ralentissement mondial, la Federal Reserve « a ouvert le bal » et infléchit son discours avec une rapidité étonnante redoutant, implicitement, que ne se reproduisent les tensions financières violentes de fin 2018. Elle se déclare désormais encline à la patience et ne sera pas allée au terme de la normalisation anticipée. Quant à la BCE, elle met un terme prématuré à la « normalisation » qu’elle avait seulement timidement entreprise.

Ralentissement économique et inflation quasi inexistante, Banques centrales déterminées à piloter l’atterrissage pour en promouvoir la douceur, à ne pas heurter les marchés financiers en se montrant bienveillantes, climat politique et économique international encore incertain et propice à des bouffées d’aversion au risque : les taux longs sans risque resteront prisés et leur remontée très limitée tout comme le sera l’appréciation de l’euro contre dollar.

 

Catherine LEBOUGRE – catherine.lebougre@credit-agricole-sa.fr

 

Pour plus d’information, consultez notre publication Monde – Scénario macro-économique 2019-2020 : prévenir plutôt que guérir et la vidéo Scénario – Prévenir plutôt que guérir

 

* Échanges extérieurs (exportations + importations de biens) en pourcentage du PIB (source : Banque mondiale) : États-Unis 20%, Japon 28%, Chine 34%, zone euro 70% (dont Allemagne 71%, Italie 50%, France 45%) ; Industrie (y compris énergie) en pourcentage du PIB (source : OCDE) : Allemagne 26%, Japon 24%, zone euro 20%, Italie 19%, États-Unis 16%, France 14,5%.

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