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Eric Campos : la disponibilité des données extra-financières est essentielle en matière de lutte contre le changement climatique

À l’occasion des élections européennes du printemps 2019, nous avons pu assister à un grand nombre de déclarations sur la finance verte qui convergeaient vers la nécessité d'un langage commun et transparent indispensable à l'intégration de la notion de « durabilité » dans le secteur financier. Lisez, likez, partagez l'intégralité de la tribune d'Eric Campos sur LinkedIn

Dans cet esprit, la Commission européenne s’est donnée comme ambition d’établir un système uniforme de classification (une taxonomie) pour évaluer, sur base de critères objectifs, le degré de durabilité d’une activité économique sur le plan environnemental. Les travaux préparatoires de la commission, accompagnés par un groupe d’experts de haut niveau, ont notamment permis d’aboutir à une définition robuste selon laquelle une activité est durable lorsqu’elle contribue substantiellement à un (ou plusieurs) objectif environnemental, sans causer de préjudice significatif aux enjeux environnementaux tout en étant conforme aux normes internationales en matière de droit social. Cette taxonomie positive a été conçue, dans un premier temps, pour identifier les activités d’investissement durable et plus particulièrement celles financés par les fonds dits « verts ». Pour autant, il est prévu que son champ d’application évolue assez rapidement vers les activités de financement.

Au début de l’été, la Commission européenne a par ailleurs décidé d’adopter de nouvelles lignes directrices concernant la communication d'informations sur le climat par les entreprises, conformément aux recommandations de la « Task Force on Climate-related Financial Disclosures » (TCFD).

Au cours des dernières années, des décisions importantes ont été prises par les législateurs ou les organes de régulation tant au niveau de certains Etats qu’au niveau européen pour améliorer la qualité de la communication des informations non financières (article 173 de la France, NRFD européen, recommandations de la TCFD). Mais en matière d’informations, il reste cependant encore beaucoup à faire pour améliorer les conditions de compréhension et de mise en œuvre plus efficace des processus de décarbonation de nos économies : accroitre la cohérence des informations climat produites par les acteurs économiques (pour diminuer le risque de confusion) et en favoriser la lisibilité et la compréhension (pour diminuer le risque de « greenwashing »). Si l’encadrement par un corpus de normes est nécessaire pour améliorer la robustesse et la comparabilité des performances non financières des entreprises, le secteur financier lui-même - en tant que catalyseur de l'économie réelle – doit également jouer un rôle important pour répondre aux attentes grandissantes des parties prenantes en matière de transparence et de responsabilité.

Au cours de la dernière décennie, le Crédit Agricole a été un pionnier de la finance climat : dévoilant l'empreinte carbone de ses portefeuilles 2011, occupant une place de leader mondial des obligations vertes depuis 2012, sortant du financement des mines et des centrales charbon en 2015… Conscient de l'urgence climatique, le Crédit Agricole a adopté en juin 2019 une stratégie climat offensive, en ligne avec l’Accord de Paris. Elle a pour ambition de faire de la finance verte un vecteur de croissance pour le Groupe. Pour répondre à cette ambition exigeante, le Groupe a défini les conditions du succès de cette stratégie.

La première est un engagement en faveur d'une plus grande transparence, porté par un haut niveau de gouvernance éclairé par un comité scientifique et un suivi opérationnel rapproché. La mise en œuvre de la stratégie climat du Crédit Agricole sera ainsi auditée et certifiée par un organisme tiers indépendant, et ses obligations en matière de reporting seront publiées en conformité avec les recommandations de la TCFD d'ici 2020.

La seconde condition réside dans la capacité du Groupe à mettre en place un processus d’analyse renforcé par des outils pertinents pour accompagner les clients dans leur démarche d’adaptation aux exigences d’une économie à décarboner voire, selon les scenarios, à une accélération de la transition énergétique.

Enfin, la troisième condition réside dans la capacité à suivre une trajectoire verte d’évolution du Bilan en ligne avec les points de passage de l’Accord de Paris, en veillant à une affectation progressive des financements en faveur de la transition énergétique et de la croissance verte.

Pour autant, la disponibilité des données extra-financières, de leur qualité et traçabilité est essentielle. La pertinence et la rapidité de l’accompagnement par les acteurs financiers de la décarbonation de l’économie dépend en effet en grande partie des informations rendues pertinentes par :

1) des données fournies par les systèmes d’information internes. Les travaux de la commission sont dans ce cas une aide précieuse pour parvenir à qualifier, codifier et comparer l’impact généré par les financements apportés.

2) des données fournies par les entreprises elle mêmes, soit directement, soit indirectement via des administrateurs de notation extra financière.

De nombreuses améliorations doivent permettre d’accroitre la pertinence de la taxonomie proposée par la Commission et l’expérimentation apportera aussi sa part d’ajustement. C’est pour cela que le Crédit Agricole soutient les efforts de la Commission européenne visant à rendre disponibles, publiques et vérifiables la publication par les entreprises d'informations non financières ayant une incidence significative sur le changement climatique.

Pour autant, indépendamment du soutien que la taxonomie pourra recevoir des acteurs financiers, elle ne deviendra une référence à l’échelle mondiale qu’à la condition, n’en doutons pas, qu’elle sache se distinguer par son caractère opérationnel et inventif.

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