• Taille du texte
  • Contraste

Philippe Brassac : "Prenons le risque de réussir"

Le pire n’est jamais certain. Pourtant, s’agissant de la reprise, nous paraissons souvent privilégier l’hypothèse la plus pessimiste. En témoigne ce « mur de dette », tellement commenté que personne ne doute plus de son existence. On nous prédit une « bombe à retardement » pour les entreprises, réputées lourdement endettées avec les prêts garantis par l’Etat (PGE). On nous annonce une « montagne de faillites » une fois les « perfusions » de l’Etat retirées.

Lisez, likez, partagez, commentez la tribune de Philippe Brassac sur LinkedIn.

Regardons la vie économique réelle avec bon sens

Renonçons un instant à ce vocabulaire outrancier, et revenons à l’observation de la vie économique réelle avec bon sens, sans formule lapidaire. Depuis le début de la crise, les entreprises bénéficient de la protection publique principalement sous forme de chômage partiel, de report de charges fiscales et sociales, et d’aides directes du fonds de solidarité. Cela a fonctionné, et les PGE, destinés à sécuriser leur trésorerie, ont donc autant augmenté la dette des entreprises que leurs disponibilités. C’est un fait : la courbe des dettes nettes de trésorerie a poursuivi sa trajectoire décennale, ne marquant aucun ressaut en 2020.

Le filet de sécurité déployé a donc permis de protéger toute l’économie française, une des plus résilientes d’Europe au premier trimestre.

De leur côté, les faillites ont fortement baissé, y compris sur la première partie de 2021, amenant tout récemment le président du tribunal de commerce de Paris à constater que, « très franchement », il ne voyait « pas de crise arriver ».

Pourquoi, alors, nous prédire inlassablement que nous allons droit dans le mur ? Certes, la sortie de crise est une phase délicate. Le retrait progressif des aides doit être mené sans casser la reprise. L’entrée dans la pandémie avait été surmontée avec la massification des aides de l’Etat. La sortie sera réussie avec la prise en compte de la situation particulière de chaque entreprise. Le vrai défi est opérationnel, de proche en proche, sur le terrain.

Notre défi : personnaliser, accompagner les entreprises au cas par cas

C’est un très grand nombre de situations que nous devons accompagner, au cas par cas, et non un mur de dette à franchir. Pour une majorité d’entreprises, le remboursement des dettes se fera progressivement, beaucoup d’entre elles ayant conservé leur PGE comme une trésorerie de précaution. Pour d’autres, le retrait des aides directes de l’Etat ne coïncidera pas exactement avec la trajectoire du retour à la normalité de leur chiffre d’affaires, elles auront besoin d’un accompagnement spécifique pour assurer la jointure.

Ce sera le travail des banques et des créanciers, en proximité, que d’accorder des découverts ou de nouveaux reports d’échéances encore nécessaires. Les entreprises qui se portaient mal avant la crise seront sans doute en difficulté. Pour les plus petites d’entre elles, la simplification de la lourdeur et des délais de toute procédure judiciaire sera bienvenue.

Enfin, la sortie de crise, c’est aussi, pour les entreprises, l’ouverture vers l’investissement pour réinventer de nouveaux modes de pensée, d’action et de consommation, porteurs de développement pour tous. La défiance et la peur paralysent, c’est la confiance qui libère. Alors prenons garde : nous ne sommes pas à l’abri de pouvoir réussir !

Cette chronique a été publiée dans l'Express le 2 juin 2021

Dans la même chaîne thématique