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  • 21.12.2017
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Rencontre avec Aïda Andrés Rodrigalvarez : jeune artiste contemporaine soutenue par le Crédit Agricole

Partenaire de la biennale Jeune Création Européenne (JCE) de Montrouge, le Crédit Agricole a renouvelé son soutien en 2017 à la résidence de 4 jeunes artistes européens.

Chacun d’eux s’installent dans les ateliers de la Ville de Montrouge durant 3 mois pour concrétiser un projet artistique. A la fin de leur résidence, les collaborateurs du Groupe sont invités à visiter leur atelier et échanger avec chaque artiste.

Aïda Andrés Rodrigalvarez, artiste espagnole, réside à Montrouge depuis octobre 2017. Arrivée au terme de sa résidence, elle nous a fait part de son expérience.

 

Sur quoi ont porté vos travaux pendant votre résidence à Montrouge ?

L’être humain a inventé le concept du « paysage », c’est une relation subjective entre notre propre corps et ce qui nous entoure. Cette relation se fonde sur le regard et la contemplation de notre environnement avant tout, mais aussi sur le toucher et d’autres sensations ressenties à même la peau.

Dans le paysage, il y a des choses visibles et d’autres invisibles, comme l’humidité, la température, le vent, la pression, … et la lumière. Tous ces facteurs peuvent être perçus lorsqu’il se matérialisent dans les éléments du paysage. C’est lorsque nous sommes dans le paysage que tous ces autres phénomènes invisibles nous traversent. C’est ce qu’on appelle les corps inframinces.

Lorsque j’arrive dans un nouvel endroit, je l’observe, je le contemple, je l’enregistre et je collecte des fragments qui le composent. Pour cette résidence de Montrouge, j’ai enregistré la lumière de l’atelier, capturant l’atmosphère intangible issue de moments quotidiens et intimes : l’heure du coucher, les temps de travail, les moments de promenade au cimetière et au jardin d’à côté etc. J’interprète et me réapproprie tous ces moments de la vie quotidienne, ces instants sublimes, pouvant être à la fois quasi invisibles et très intenses, et qui produisent des temporalités inframinces.

Prenons l’exemple d’une de vos œuvres en cours : « la représentation du soleil », pouvez-vous nous en dire plus ?

Dans l’atelier de Montrouge, la grande baie vitrée m’offre un bain de lumière tout au long de la journée. Cependant, je ne vois jamais le soleil directement, l’atelier n’est jamais exposé. J’ai alors souhaité représenter ce soleil manquant.

Toutes les techniques de couture que j’utilise sont assez complexes, ce qui me prend beaucoup de temps. Par exemple, la petite partie circulaire cousue m’a pris 1h30 (voir la photo). Je pense que j’aurai terminé cette œuvre dans 2 ou 3 mois. Mais j’aime les processus lents, je me sens plus à l’aise en travaillant lentement, délicatement. C’est comme si l’espace-temps que j’utilise était alors enfermé dans l’œuvre. L’œuvre ne correspond pas seulement au rendu final, mais elle représente aussi l’espace de Montrouge, de l’atelier et le temps que j’y ai consacré.

Comme votre travail est aussi et surtout fondé sur l’observation, quelle est votre perception de Paris, de la France, des français ?

Paris est une très grande et vieille ville que je ne connaissais pas. Quand vous restez pendant 3 mois ou plus dans un même endroit, vous expérimentez alors le quotidien des citoyens. J’ai postulé à cette résidence artistique à Paris parce que j’étais impressionnée par Marcel Duchamp, Maurice Merleau-Ponty, Michel Onfray etc. Tous parlent des choses transparentes, invisibles, sensibles. Je me demandais pourquoi ces français ont eu la capacité d’étudier ces choses atmosphériques, qui n’avaient pas été approfondies auparavant. Je me demande si cela n’a pas à voir avec votre langage. Dans la langue française, vous avez 100 possibilités différentes pour dire une seule et même chose. Inversement, vous pouvez interpréter une même phrase de 100 différentes manières. Votre langage est très riche, et c’est une vraie gymnastique cérébrale. Je pense que votre langue y joue beaucoup pour cette appétence à l’abstrait, aux concepts, à la perception et représentations des choses, plutôt qu’aux choses concrètes, dites « réelles ». L’art conceptuel est né en France, ce n’est pas pour rien !

A Paris, cependant, tout est démultiplié, il y a trop de monde, surtout dans les endroits touristiques, trop d’informations sensorielles, trop de choses à voir. Il y a énormément d’énergie tout autour de soi, ce qui me rend nerveuse. C’est pour ça que j’aime aussi rentrer sur Montrouge, je me sens plus apaisée. Même quand je suis seule dans mon atelier, déconnectée de la vie extérieure, je me sens plus à mon aise parce que je perçois le calme dehors, les rues ne sont pas aussi animées qu’au centre de la capitale.

Pour en savoir plus sur les travaux d’Aïda Andrés Rodrigalvarez :

https://www.aidarodrigalvarez.com/

https://www.instagram.com/aidaarodrigalvarez/

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