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Interview d'Éric Cochard, Responsable Développement Durable de Crédit Agricole CIB

A l’occasion de la Semaine européenne du développement durable qui se déroule du 30 mai au 5 juin, nous avons voulu savoir ce que Crédit Agricole CIB avait mis en place en matière de RSE. Quelle est la stratégie de la banque ? Plus spécifiquement sur la finance climat ? Quels sont ses grands engagements ?

Revenons sur les grandes lignes de la politique RSE de la Banque avec Éric Cochard, Responsable du Développement Durable de Crédit Agricole CIB.

Une définition rapide de la politique RSE de Crédit Agricole CIB ?

EC : Nous considérons la RSE comme une source de création de valeur pour l’ensemble des parties prenantes : clients, collaborateurs, fournisseurs, société civile….

Depuis de nombreuses années, la Banque intègre de manière étendue l’ensemble des risques sociaux, sociétaux et environnementaux induits par son activité directe, celle de ses clients. C’est ça être une Banque responsable.

Un point important lié à notre activité de banque de financement et d’investissement et la finance climat. La Banque a un rôle moteur à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Concrètement, que cela signifie-t-il ? Financer des projets d’énergies renouvelables ?

Intégrer la finance climat est au cœur du modèle économique de Crédit Agricole CIB. Trois axes structurent notre stratégie pour répondre aux enjeux en matière de finance climat : financer la transition énergétique, gérer les risques climatiques et optimiser notre empreinte carbone.

Dès 1997, Crédit Agricole CIB finance les premiers parcs éoliens puis solaires depuis 2008 et est aujourd’hui un expert reconnu de la finance climat. En 2017, les énergies renouvelables représentaient 50 % de l’activité de financement de projets de génération électrique en nombre de dossiers. La Banque occupe également une place de premier rang et leader historique comme arrangeur sur le marché des Green bonds, Social bonds ou Sustainability bonds. Elle s’est engagée à structurer 100 milliards d’euros de financements verts entre fin 2015 et fin 2020.

100 milliards ? Ce montant paraît énorme… 

C’est un engagement fort mais les besoins sont là. L’Agence Internationale de l’Énergie les estime ainsi à plus de 30 trillions de dollars sur 20 ans. Crédit Agricole CIB a arrangé 70 milliards de dollars entre décembre 2015 et décembre 2017, dépassant ainsi, avec un an d’avance, l’objectif initial qu’elle s’était fixé en marge de la COP21 de structurer 60 milliards de dollars de financements verts entre décembre 2015 et fin 2018.

 

Après l’aspect financement, pouvons-nous revenir sur l’évaluation et la gestion des risques climatiques ?

Crédit Agricole CIB a engagé depuis plusieurs années des travaux destinés à mieux comprendre et gérer les risques climatiques. Nous cherchons à améliorer l’empreinte carbone du portefeuille de financements et d’investissements en la calculant certes, mais surtout  en définissant des politiques sectorielles pour les secteurs représentant une large part de cette empreinte (plus de 80 % de cette empreinte en cumulé). Nous avons donc mis en place 12 politiques sectorielles susceptibles d’évoluer en fonction des enjeux climatiques. Je prends un exemple, celui du charbon : nous avons été la première banque commerciale à avoir porté l’ambition, dès 2015, de se désengager du financement du charbon pour l’exclure définitivement un an plus tard. En 2017, nous avons décidé de ne plus financer les hydrocarbures les moins performants sur le plan énergétique et les plus dangereux pour l’environnement (sables bitumineux et pétrole extra-lourd).

Crédit Agricole CIB apprécie également la matérialité des risques climatiques pour la Banque et introduit progressivement des analyses complémentaires pour les clients paraissant présenter les risques les plus élevés.

 

Cette année, le thème  de la  semaine du développement durable est « Villes et territoires de demain ». Comment Crédit Agricole CIB peut répondre aux défis des villes et des territoires de demain ?

Les villes concentrent les défis sociétaux : mobilité encore trop carbonée, accélération alarmante de la perte de biodiversité et pollution menaçant la santé publique, ces problématiques se combinant souvent. Rappelons que les particules fines causent environ 50 000 décès par an en France*, soit 40 à 50 fois plus que le tabagisme passif.

Les villes et territoires urbains sont ainsi des acteurs incontournables des changements sociétaux nécessaires que nous accompagnons autant que possible. Je peux citer deux exemples : nous accompagnons la démarche volontariste de grands acteurs du secteur immobilier qui, déjà soumis aux dernières normes environnementales (BBC, HQE, Bream, Leed…) dans les pays de l’OCDE où Crédit Agricole CIB intervient, souhaitent aller encore plus loin à l’exemple du secteur des foncières de France qui a émis son premier Green bond en septembre 2017.

L’autre sur la partie infrastructure. La Banque est intervenue en début d’année dans le cadre de l’émission d’une obligation verte réalisée par Tideway pour le projet de « super égout » londonien. Ce projet de financement vise à réduire considérablement le déversement d’eaux usées dans la Tamise et à augmenter la capacité de contenance de ces eaux, ce qui à terme améliorera l’état de la Tamise et la santé publique.

 

Nous avons beaucoup parlé de finance climat, la RSE se limite-t-elle à la finance climat ?

Nous avons un rôle majeur à jouer sur la finance climat. Mais la politique RSE de la Banque va bien plus loin et intègre des nombreux aspects : les collaborateurs, la déontologie et l’éthique, le développement des territoires, la transparence et le reporting, …. . Bref, c’est beaucoup plus vaste.

Prenons un autre exemple : depuis plusieurs années, Crédit Agricole CIB a engagé une politique volontariste en faveur de la mixité, véritable levier de performance et d’innovation. Ceci est vrai pour la Banque mais aussi pour nos clients. Crédit Agricole CIB s’est mobilisé dans la région Asie-Pacifique à travers des émissions obligataires dédiées à l’égalité femmes-hommes appelées « Gender Bonds ». Pour les engagements de la Banque en matière de mixité, je vous invite à regarder la vidéo de Jean-Yves Hocher, Directeur Général  de Crédit Agricole CIB, qui a pris la parole sur ce sujet il y a quelques semaines.

 

 

*Source : étude d'impact de Santé Publique France, qui regroupe l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), l'Institut de veille sanitaire (InVS) et l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus).