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  • 22.06.2017
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La croissance, le serpent de mer français

Bon elle revient ? Elle ne revient pas ? Sera-t-elle plus forte que prévu ? Peut-on encore faire confiance aux prévisionnistes de l’Insee ? Le gouvernement table-t-il sur un chiffre en particulier alors que le Premier ministre précise d’ores et déjà que le déficit budgétaire pour 2017 sera dans doute plus fort qu’annoncé par le précédent gouvernement ? Beaucoup de questions en ce début de mandature, car avouons-le, chaque année, les chiffres annoncés sont systématiquement démentis par les faits.

Certes les économistes ne sont pas des devins, mais il serait bon de pouvoir enfin croire en un destin raisonnable et possible. Restons donc pragmatique et écoutons ce que l’on nous dit. Le PIB devrait donc croître de 1,6 % cette année selon la note de conjoncture publiée mardi dernier par l’Insee, ce qui permettrait un nouveau reflux du chômage en France. Rappelons d’ailleurs que le président de la République s’est engagé lui aussi à inverser cette courbe en se fixant pour objectif un taux de 7 % de chômeurs d’ici à la fin de son mandat.

Donc revenons à la croissance car c’est elle qui, « in fine », permet de faire décroître le chômage. Emmanuel Macron aurait donc une bonne étoile puisqu’avec une croissance de 1,6 %, nous revenons enfin vers des étiages plus porteurs : il faut en effet remonter à 2011 pour trouver mieux avec une croissance portée de 2,1 %. Mais alors d’où vient ce regain ? Le quotidien Le Monde tente d’apporter une première explication : «  L’économie française affiche une croissance solide, qui ne devrait pas faiblir d’ici la fin de l’année », résume Dorian Roucher, chef de la division synthèse conjoncturelle de l’Insee. « Ces prévisions optimistes tiennent beaucoup au dynamisme de l’investissement des ménages, c’est-à-dire des dépenses de logement, qui devraient bondir de 3,7 %, du jamais-vu depuis 2006. De quoi redonner des couleurs au secteur du bâtiment, sinistré depuis la crise, grâce au rebond des ventes de logements neufs et des permis de construire. »

Et le mensuel L’usine Nouvelle d’apporter des précisions utiles à la bonne compréhension du rebond de l’économie française : d’abord les incertitudes politiques se sont dissipées. Ensuite, le contexte mondial semble plus porteur et la croissance accélère dans toutes les zones économiques, en Europe, aux Etats-Unis, mais aussi en Chine, de quoi faire redémarrer le commerce mondial. Enfin, l’investissement des entreprises est robuste, il a bondi au premier trimestre avec une hausse de 2,9%. Les entreprises ont ainsi retrouvé des marges, les conditions de financement restent encore favorables et la demande est là. La construction est repartie après deux années noires, l’inflation se stabilise, seul bémol, notre compétitivité reste encore faible. Ce sera d’ailleurs tout l’enjeu des propositions du gouvernement qui doit s’attaquer frontalement à cette question. La croissance était un serpent de mer dans notre pays. Mais visiblement, il est en train de se noyer dans l’Histoire.

Christian Moguérou

Sources : Le Figaro Economie, Harvard Business Review, Financial Times, Le Monde, Le Point, Les Echos…