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  • 06.03.2018
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Le suspense politique allemand enfin terminé !

La participation du SPD à une grande coalition avec l’Union des chrétiens démocrates a été validée par les membres du Parti Social-démocrate, mettant ainsi un terme à cinq mois d’incertitude politique après les élections générales de septembre dernier. Le camp du « oui » l’a emporté à plus de 66% des voix avec 239 604 membres ayant voté en faveur de la coalition et 123 329 contre, sur un total de 378 437 votes exprimés. Avec un taux de participation de 78,4%, le résultat de cette consultation est incontestable et entérine le soutien de la grande majorité des adhérents sociaux-démocrates à cette participation gouvernementale en dépit de l’opposition menée par les jeunes socialistes. Sans l’accord des membres du SPD, Angela Merkel aurait peut-être été élue chancelière pour former un gouvernement minoritaire au Bundestag, mais cette situation aurait inéluctablement conduit à des élections anticipées en cours de mandat. Après cette approbation, la chancelière peut enfin entamer son quatrième mandat à la tête d’un gouvernement stable et doté d’un accord de coalition globalement équilibré.

Les points clés de l’accord de coalition ?

L’Union des conservateurs a obtenu des allégements fiscaux à hauteur de 10 milliards d’euros et une limitation à la capacité d’accueil des migrants dans une fourchette comprise entre 180 000 et 220 000 personnes par an, tout en restreignant le regroupement familial à 1 000 personnes par mois pour les bénéficiaires du statut de protection limitée. De son côté, le SPD a décroché des dépenses d’investissement significatives dans divers domaines (éducation, aides sociales, logements…) et obtenu le maintien du taux de remplacement à 48% pour les pensions de retraite. Enfin, les membres de la coalition se sont entendus pour accroître la coopération économique avec la France et mettre en place un fonds budgétaire pour la stabilisation économique, la convergence sociale et les réformes structurelles de la zone euro, ouvrant ainsi la voie à une intégration européenne plus approfondie.

Les prochaines étapes de la formation gouvernementale ?

D’ici le 12 mars, les sociaux-démocrates devraient se mettre d’accord sur leurs candidats aux six ministères qui leur sont dévolus. Le chef par intérim du SPD, Olaf Scholz, actuellement maire de Hambourg, devrait décrocher le ministère des Finances et devenir vice-chancelier, mais l’attribution des ministères des Affaires Étrangères, du Travail et des Affaires Sociales reste encore à trancher. De son côté, l’Union devra également choisir ses prétendants aux ministères de l’Économie, de la Défense, de l’Éducation, de la Santé et de l’Agriculture. Enfin, l’élection d’Angela Merkel en tant que chancelière est prévue pour le 14 mars au Bundestag. Dès lors, le nouveau gouvernement pourra entrer en fonction.

Quel avenir pour cette nouvelle « GroKo » ?

Si Angela Merkel a réussi à concrétiser une nouvelle coalition pour gouverner son pays, son parti ressort néanmoins fragilisé de ces législatives, tout juste plébiscité à 32% dans les derniers sondages alors qu’il culminait à plus de 41% lors des dernières élections de 2013. L’échec à réaliser une coalition, avec les libéraux du FDP et les Verts, et les difficultés à aboutir à un accord rapide avec les sociaux-démocrates soulignent la perte de poids du principal parti politique allemand. Ce dernier mandat de la chancelière se présente donc sous le signe de la contestation et de la transition politique de la CDU/CSU. Celle-ci a déjà amorcé un renouveau de ses dirigeants en nommant Annegret Kramp-Karrenbauer comme secrétaire générale et a annoncé la conduite d’une réflexion sur son programme de 2021 afin de rassembler le maximum d’électeurs de sensibilité de centre droit pour cette échéance. De son côté, le SPD s’est également lancé à la reconquête de son électorat déçu, en évinçant Martin Schulz de la tête du parti et en préparant l’élection de leur leader pour le 22 avril prochain. Les trois partenaires de la future coalition sont conscients du délitement du leadership de leur parti et devront se repositionner au plus vite pour faire face aux enjeux politiques du prochain mandat tout en assumant leur place au sein du nouveau gouvernement, un exercice nécessaire pour contrer la montée des extrêmes dans le pays.

Philippe Vilas-Boas, Études Économiques de Crédit Agricole S.A.

philippe.vilasboas@credit-agricole-sa.fr

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