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  • 20.02.2017
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Tigre de papier ?

Il y a eu les propos de campagne de Donald Trump sur la Chine, le « China bashing ». Le futur président affichait ses intentions d'en découdre avec le grand rival global, le géant asiatique, surtout sur le front commercial en taxant toutes les importations chinoises à hauteur de 45%, c’est-à-dire en taxant des produits qui bénéficient d'une monnaie sous-évaluée, d'une monnaie manipulée, et qu'il faudra inscrire tôt ou tard sur la liste des devises retorses à la flexibilité.

Il y a eu le coup de fil de la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, au nouveau locataire de la Maison Blanche quelques jours après sa victoire, coup de fil auquel Trump a répondu : un pavé dans la mare, voire un rocher... Cet acte a alors été perçu comme une possible remise en question du principe d'une « Chine unique » instauré par Pékin au lendemain de la fin de la guerre civile chinoise en 1949, et surtout, reconnu et respecté internationalement depuis plusieurs décennies, depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre les États-Unis et la Chine, depuis la rencontre de janvier-février 1979 entre le président américain et l'homme fort de Pékin d'alors, MM. Jimmy Carter et Deng Xiaoping.

Le sujet est hautement sensible pour les dirigeants chinois dont la position sur Taïwan est claire et simple. C’est un territoire chinois, et ce depuis plusieurs siècles. Aucune contestation n’est possible selon Pékin, a fortiori en cette année de renouvellement de cinq des sept membres du comité permanent du bureau politique du PCC, en novembre prochain. C'est une année où la fierté nationale chinoise ne peut supporter aucune égratignure, ni même une ombre.
Il y a eu d'autres déclarations fortes et d'autres provocations depuis l'élection de Donald Trump, et en quantité. Ces propos ont porté sur le yuan encore, sur la Corée du Nord, sur la mer de Chine, jetant le trouble dans les esprits, jusqu'à imaginer le pire entre les États-Unis et la Chine : une guerre commerciale, une guerre des monnaies, une guerre tout court dans un cadre paradisiaque, les îles de la mer de Chine méridionale.

Puis il y a eu l'échange téléphonique de la semaine dernière entre Trump et Xi. Le président américain s'est vraisemblablement montré plus conciliant avec son homologue chinois. Le principe d'une « Chine unique » semble en fait être bien entendu dans le bureau ovale. Un point crucial et un préalable indispensable à toute reprise d'un dialogue constructif entre les deux puissances.

Les adeptes d’une approche empreinte de realpolitik auraient-ils raison depuis le début ? Ce n'est pas uniquement le principe d'une « Chine unique » qui s'imposerait à Donald Trump, mais aussi celui de « réalité ». L'homme n'étant pas dénué d'un certain pragmatisme. L'horizon s'éclaircirait avec la Chine, sur la question taïwanaise, sur celle de la mer de Chine où la diplomatie doit prédominer (selon les récents propos de James Mattis, le secrétaire à la Défense des États-Unis), et aussi sur les aspects commerciaux : après tout, taxer les produits chinois à 45% impacterait le pouvoir d'achat des Américains, entraînerait des représailles de la part de Pékin, et tout le monde y perdrait, surtout les États-Unis. L’horizon s’éclaircirait tout simplement. Les marchés semblent vouloir acheter ce scénario.

Mais l'homme a aussi montré qu'il pouvait être impulsif, acharné et ne tolérer aucune critique. Entre concrétiser la position radicale affichée à de nombreuses reprises au cours des derniers mois et ne rien faire, il y a moult possibilités. Et penser que D. Trump ne va pas changer grand-chose au final ou à la marge, ni même pouvoir le faire d’ailleurs, bloqué par des institutions américaines solidement établies, serait sans doute une erreur ; notamment, dans le cas chinois, sur la question commerciale et sur celle du yuan. Gare au tigre de papier, comme certains ont pu le qualifier ces derniers jours.

En attendant, la Chine est restée sage. Pékin a souvent répondu aux attaques verbales de Trump et de son équipe, mais n’a jamais surenchéri. Se contentant simplement de rappeler les lignes déjà établies et à ne pas franchir. Attendant d'y voir plus clair. L’équilibre, le yin et le yang. L’image de la Chine en sort grandie. Le coup de pouce américain au soft power chinois.

Sylvain Laclias

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