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Élections en Grèce : la fin de l’épopée Syriza ?

Une issue connue d’avance

Alexis Tsipras aurait souhaité être le premier Premier ministre, depuis la crise, à finir son mandat. Il ne lui aurait fallu tenir que six mois jusqu’aux élections d’octobre mais, face à la débâcle électorale de son parti aux élections européennes, il a été contraint de convoquer des élections anticipées. Largement devancé dans les sondages, il s’était fixé comme objectif de réduire à cinq points l’écart entre son parti et celui de Nouvelle Démocratie (ND), son principal opposant. La multiplication des mesures sociales à quelques semaines de l’échéance européenne n’a pas eu l’effet escompté, si ce n’est d’éveiller à nouveau les inquiétudes des instances européennes vis-à-vis de la Grèce. La mue de Syriza d’une coalition de gauche radicale en une incarnation de l’aile socio-démocrate non plus. Nouvelle Démocratie , menée par Kyriakos Mitsotakis, est arrivée en tête aux élections européennes, avec 33% des votes loin devant Syriza, qui n’en a obtenu que 23,7%, soit un écart de presque 10 points. Les élections municipales et régionales, qui se sont déroulées au même moment, sont venues confirmer cette tendance avec une nette victoire des candidats régionaux soutenus par le centre droit.

Alors que les élections ont été annoncées pour le 7 juillet, les sondages continuent de placer Nouvelle Démocratie en tête avec une avance stable de 9 points. Le parti ND reste crédité de 37,7% des intentions de votes en moyenne, suivi de Syriza avec 28,2%. Le rassemblement socio-démocrate Kinal devrait être la troisième force politique du pays avec 7,7% des intentions de votes, suivi par le Parti communiste KKE avec 5,7% et l’Aube dorée (extrême droite) avec 5,2%. La formation politique de l’ancien ministre des Finances, Yanis Varoufakis, MeRA25, et le parti de droite, Solution grecque, oscillent tous deux autour du seuil électoral de 3%, avec respectivement 3,6% et 3,5%.

Les élections anticipées semblent donc jouées d’avance. Nouvelle Démocratie devrait obtenir la majorité, mais le nombre de sièges que le parti pourra occuper dépendra des performances des petits partis. Si les partis MeRA25 et Solution grecque dépassent le seuil d’éligibilité de 3%, le Parlement devra comprendre un total de sept formations. Dans ce scénario, ND obtiendrait probablement une courte majorité avec 152 sièges, tandis que Syriza passerait de 145 sièges à 77. Kinal occuperait 21 sièges, le Parti communiste 16, l’Aube dorée 15, et MeRA25 et Solution grecque se partageraient les 20 sièges restants. Dans une configuration à cinq partis, ND disposerait d’une large majorité de 162 sièges. Mais le scénario le plus probable reste un Parlement avec six partis qui inclurait également MeRA25, le parti de Yanis Varoufakis. Dans ce cas de figure, ND pourrait obtenir une majorité confortable avec 156 sièges, tandis que Syriza verrait son groupe parlementaire se réduire à 80 députés.

Normalisation et vieux démons

La victoire annoncée de Nouvelle Démocratie n’est pas une mauvaise nouvelle pour les marchés et les entreprises. Les mesures récentes mises en œuvre par le gouvernement Tsipras ont suscité de nombreuses inquiétudes aussi bien à l’intérieur qu’en dehors des frontières. À l’approche des élections européennes, le gouvernement a en effet présenté devant le Parlement un ensemble de mesures sociales dont le coût budgétaire est estimé à 1,1 milliard d’euros en 2019, et 3,2 milliards d'euros en 2020. Approuvées par les députés début mai, ces mesures comprennent une réduction du taux de TVA sur l'alimentation et la restauration (de 24% à 13%) et sur l’énergie (13% à 6%), une prime unique pour les retraités équivalant à un treizième mois et des aides pour les familles nombreuses. Alexis Tsipras a, en outre, exprimé sa volonté de réduire l’objectif d’excédent primaire à 2,5%, pour la période 2020-2022. Afin de rassurer les prêteurs, les autorités grecques proposent de bloquer une garantie de 5,5 milliards d'euros sur un compte séquestre.

Avec cette inflexion de la politique budgétaire, la Grèce pourrait ne pas respecter l’objectif d’excédent primaire de 3,5% jusqu’en 2022 auquel elle s’était engagée à la sortie du plan d’aide en août dernier. Le gouverneur de la Banque centrale grecque, qui a fortement critiqué la démarche du gouvernement, estime que les objectifs de déficit primaire pourraient être remplis pour cette année, mais que les mesures votées par le Parlement limitent toute marge de manœuvre future. Les créanciers européens ont également monté le ton vis-à-vis d’Athènes et ont rappelé que le pays pourrait faire face à d’éventuelles sanctions s’il ne tenait pas ses engagements.

 

Changement d’orientation

Alexis Tsipras n’est pas le seul à dénoncer la politique d’excédents primaires élevés à laquelle la Grèce s’est engagée. Kyriakos Mitsotakis, le leader de Nouvelle Démocratie, dénonce également cette politique, et il s’est engagé à demander davantage de souplesse aux créanciers européens pour mener une politique économique en faveur des entreprises et de la classe moyenne. Il souhaiterait ainsi alléger la charge fiscale des entreprises en réduisant le taux de l'impôt des sociétés de 28 à 20% et les taxes sur les actions. Il s'est, en outre, engagé à introduire des mesures visant à réduire le coût de l'emprunt pour les entreprises et à accroître l’attractivité de la Grèce pour les investissements étrangers. En ce qui concerne les ménages, il souhaite baisser le taux de l'impôt pour les revenus inférieurs à 10 000 euros par an de 22% à 9% et diminuer progressivement celui de l'impôt dit de solidarité de 20% à 15%.

Il est peu probable que le parti Nouvelle Démocratie remette en cause l’ensemble des engagements pris par le gouvernement précédent mais il devrait disposer de plus de marges de manœuvre pour négocier avec la Commission européenne un possible aménagement des objectifs. Il n’en reste pas moins que la tâche sera compliquée. La Grèce doit encore discuter avec ses créanciers d’un possible allègement de la dette, mais ce dernier reste conditionné par le respect des engagements. Le tassement des perspectives de croissance complique la consolidation des finances publiques. Le pays n’a pas non plus été épargné par le ralentissement de l’activité qui touche l’Europe, la timide reprise qui a suivi le plan d’aide devrait laisser place à une croissance plus faibleen 2019, estimée à 1,4 % et 1,5% en 2020. Tout l’enjeu pour le futur Premier ministre sera de convaincre que sa politique d’offre pourra redynamiser la croissance, mais que la sortie définitive de la crise ne pourra se faire sans un allègement du poids de l’endettement.

 

Sofia Tozy

Sofia.tozy@credit-agricole-sa.fr

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