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  • #Economie
  • 23.04.2019
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ESPAGNE – L’élection de tous les possibles

Le 28 avril prochain, les Espagnols seront appelés aux urnes. Moins de dix mois après la première motion de censure réussie dans l’histoire de la démocratie espagnole, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez est tombé après que son budget 2019 a été rejeté par les partis catalans et l’opposition. Pourtant, c’est avec le soutien de ces mêmes indépendantistes catalans que le chef de file socialiste avait renversé le gouvernement de Mariano Rajoy lorsqu’à la suite du jugement du procès Gürtel, il avait pu réunir les 176 voix nécessaires pour avoir la majorité. Premier ministre à la mandature la plus courte de la démocratie espagnole, Pedro Sanchez cumule les premières fois. Il aura été le premier président du gouvernement espagnol à arriver à la Moncloa après une motion de censure, le premier chef de l'opposition sans siège au Congrès et le premier candidat à se présenter à une investiture sans avoir remporté une élection. C’est dans ce contexte politique tendu et inédit que se dérouleront les prochaines élections législatives, première étape d’un marathon électoral qui s’achèvera par les élections européennes, les élections autonomes et les municipales, le 26 mai.

 

L’ancien clivage droite-gauche ressort sur la fiscalité

 

Alors que la pré-campagne s’était cristallisée autour de la crise catalane, le lancement de la campagne électorale, le 12 avril, a permis de mettre en avant les programmes économiques des différents partis. Les 110 propositions présentées par le Parti socialiste ouvrier espagnole (PSOE) s’inscrivent dans la lignée du budget 2019 dont une partie des mesures a été votée par décrets royaux lors des vendredis sociaux (l’allongement du congé paternité, la réforme sur les chômeurs de longue durée). Le Parti socialiste axe à présent son discours sur l’équité fiscale et la lutte contre les inégalités en privilégiant l’augmentation des dépenses (revenu minimum, indexation des pensions sur l’inflation et retour en arrière sur la réforme du travail de 2012) financées par de nouvelles recettes (taxe sur les transactions financières et sur les entreprise TIC, ainsi qu’une plus forte progressivité de l’IRPP et une fiscalité accrue sur les multinationales étrangères). Le parti de la gauche radicale, Podemos, surenchérit en proposant un impôt sur le revenu (IRPP) davantage progressif, l’introduction de l’ISF et la suppression des niches fiscales pour les entités détenant des titres étrangers et les Sicav. 

 

La droite prend le contre-pied de cette politique et fait campagne sur la baisse de la fiscalité des ménages et des entreprises. Pablo Casado du Parti populaire (PP), dans ce qu’il qualifie de révolution fiscale, propose une baisse du taux marginal de la dernière tranche de l’IRPP, une exemption fiscale pour les retraités actifs, une réduction de l’impôt sur les sociétés et la suppression du droit sur les successions. Le parti libéral Ciudadanos se veut plus mesuré avec une moindre réduction de la progressivité de l’IRPP, tandis que le parti d’extrême droite, Vox, est plus agressif dans ses promesses en proposant notamment une flat tax à deux taux.

 

L’équilibre des finances publiques, le grand oublié

 

Outre la fiscalité, le thème récurrent des retraites devrait continuer de rythmer la campagne électorale. Excepté pour Vox qui propose d’aller vers un système mixte (par répartition et par capitalisation), l’ensemble des partis s’accordent sur un statu quo concernant les retraites. Le PP n’a pas fermé la porte à l’indexation des pensions à l’inflation suggérée par le PSOE. Dans un contexte où la viabilité du régime de répartition n’est pas assurée, plusieurs organismes ont alerté sur le risque que représentent ces mesures court-termistes. Les dépenses publiques consacrées aux régimes de retraite représentent environ 11 % du PIB, soit 2 points de pourcentage de plus que la moyenne de l'OCDE. L’Autorité indépendante de responsabilité budgétaire (AIReF) estime que, compte tenu du vieillissement de la population, si aucune mesure d’économie n’est prise, le déficit du régime de retraite pourrait faire dévier la trajectoire de la dette publique à 132 % du PIB à l’horizon 2050. La problématique des finances publiques ne se limite pas à la viabilité du système des retraites. L’Espagne est le dernier pays de l’Union européenne encore soumis à une procédure de déficit excessif. Le déficit structurel reste élevé, estimé par la Commission européenne à 3,1 %, et le déficit public de 2,1 % pour 2019 sera nettement supérieur à l’objectif inscrit dans le Programme de stabilité. Dans ce contexte, les promesses de campagne, aussi bien de hausse des dépenses que de baisse des prélèvements obligatoires, semblent difficilement tenables, d’autant que les signaux de ralentissement économique se multiplient. L’économie continue certes de croître à un rythme supérieur à celui de la moyenne européenne, mais l’Espagne n’est pas épargnée par la modération de l’activité qui touche le reste de la région.

 

Le risque d’un hémicycle morcelé

 

À une semaine du scrutin, la part d’incertitude qui entoure ce rendez-vous électoral reste non négligeable. Avec 30 % d’intention de vote, le parti de Pedro Sánchez est en tête dans les enquêtes d’opinion. Le PP arrive en deuxième position (entre 19 et 21 %). Il est suivi de Ciudadanos, qui n’arrive pas à enrayer sa chute mais se situe encore à 15 %, de Unidos Podemos et Vox qui clôturent les sondages avec 14, 3 % et 9,5 %.

 

Si le score de Pedro Sánchez est confirmé, le Parti socialiste devra composer avec d’autres formations pour assurer une majorité de 176 députés. Deux choix s’offrent alors à lui. Il peut se tourner vers son aile gauche, mais une coalition avec Unidos Podemos risque de ne pas atteindre la majorité et le contraindra à s’appuyer sur les partis régionaux. Alternativement, il peut se tourner vers le centre. Une coalition avec Ciudadanos, à l’image du compromis avorté de 2016, obtiendrait une majorité de sièges. Ce scénario reste le plus probable malgré les démentis d’Albert Rivera, le leader de Ciudadanos, qui, pour le moment, exclut toute alliance avec Pedro Sánchez. La perte de vitesse du PP rend le scénario d’une majorité réunissant les trois droites moins probable, puisque celle-ci n’obtiendrait que 152 sièges. Deux grandes inconnues demeurent néanmoins. L’agenda électoral, en pleine Semaine sainte, pourrait faire le jeu de l’abstention. Deuxièmement, plus de 42 % des personnes interrogées n’ont pas encore fait leur choix définitif. Au regard de ces chiffres, le risque qu’aucune majorité ne puisse se dégager reste bien présent. Une seule certitude demeure, tous les scénarios sont encore possibles.

 

Découvrez la publication sur le site des Etudes Economiques ici.

 

 

Sofia Tozy

sofia.tozy@credit-agricole-sa.fr

 

 

 

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