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L’agenda de la rentrée européenne

L’agenda de la rentrée européenne

Finalement nommée et validée par le Parlement européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, disposera sous peu des noms des (27) candidats déclarés par les pays membres pour le poste de commissaire. Elle devra donc procéder à la distribution des portefeuilles et faire passer à son équipe l’audition au Parlement européen avant d’installer la nouvelle Commission dans ses fonctions le 1er novembre prochain.

Jamais une Commission n’aura eu une tâche aussi ardue. Elle devra s’atteler à l’achèvement de la construction institutionnelle laissée en chantier par la Commission Juncker. Elle devra maintenir l’union de ses membres en répondant aux besoins de plus en plus fortement exprimés d’augmenter la légitimité de ses institutions et leur responsabilité démocratique et réaffirmer l’utilité de l’échelon européen. Et surtout, elle devra redessiner la place de l’Europe dans la confrontation géopolitique entre les États-Unis et la Chine et dans un monde qui n’est plus celui d’il y a cinq ans.

 

Un rôle plus politique pour un questionnement existentiel

Il s’agira en effet de redéfinir le concept de souveraineté européenne. D’évoluer de la primauté de l’économie vers la prise en compte de la stratégie géopolitique face à des superpuissances qui brouillent les frontières entre concurrence économique et questions sécuritaires. Il faudra dessiner le virage passant d’une intégration interne fondée sur des règles, des politiques et une monnaie commune à la gestion d’une relation avec le reste du monde. Il faudra déplacer les considérations de sécurité du niveau national au niveau communautaire. Ce qui est en jeu est la capacité de l’Europe à continuer à définir les règles du jeu global et à éviter la domination technologique. Il est aussi question de contrer l’imposition de modèles alternatifs de gouvernance (on pense à des systèmes autocratiques) qui s’imposeraient grâce au leadership technologique et économique.

 

Une pensée et une action économique stratégiques

Il faudra penser et agir de manière stratégique. Sécuriser l’offre des biens et des services d’avenir. Il faudra donc renforcer les capacités technologiques, financières et de sécurité, repousser la frontière technologique et reprendre la main sur des infrastructures physiques et financières, qui peuvent être utilisées par les concurrents comme levier de puissance. Il faudra donc dessiner une politique industrielle, qui s’émancipe de la simple garantie des conditions de compétitivité des acteurs pour aller vers une vision plus volontariste qui identifie les secteurs d’avenir et mobilise les ressources financières et réglementaires pour les soutenir. Il faudra projeter ces politiques au-delà du simple marché unique dans une compétition globale et protéger le marché interne des rentes technologiques ou de celles gagnées en dehors des règles du marché. Pour cela, une réorientation des postes de dépense du budget européen semble un passage obligé. La réécriture des rôles et des hiérarchies des politiques communautaires avec une plus forte complémentarité entre politique industrielle, politique de la concurrence et politique commerciale sera nécessaire pour répondre à des impératifs de sécurité et à une stratégie géopolitique définie par la politique extérieure.

 

Un « green deal » pour reconquérir la frontière technologique et la légitimation politique

Le « green deal » évoqué par U. Von der Leyen pourrait répondre à ces objectifs. Il serait l’occasion de moderniser l’économie européenne, de revitaliser l’industrie, d’assurer les emplois de demain. L’Europe pourrait gagner un avantage de pionnier pour développer une marge compétitive et utiliser son pouvoir réglementaire pour imposer des standards globaux en faisant levier sur la taille de son marché intérieur. Elle pourrait ainsi répondre à une demande citoyenne croissante, à condition que la transition soit économiquement et politiquement soutenable, c’est-à-dire qu’elle s’accompagne d’une correcte distribution des pertes et des gains. La nature globale d’un « green deal » permet d’ouvrir un nombre suffisant de fronts de négociation pour que tous les acteurs puissent y trouver un avantage et une correcte compensation des pertes.

 

Abandonner l’exercice fragmenté du pouvoir et dépasser les préférences nationales en termes de gestion géopolitique

Cette vision stratégique oblige à repenser le principe « d’union dans la diversité » sachant qu’il ne sera pas possible de remettre en cause le principe de vote à l’unanimité au profit du vote à la majorité qualifiée dans beaucoup de domaines. D’autant plus que les superpuissances pèseront de leur poids pour fissurer l’unité en flattant les préférences nationales. Ce sera donc probablement une Europe à géométrie variable, à plusieurs vitesses dans différents domaines, qui verra le jour avec un noyau dur qui avance, suivi par ceux qui peuvent et qui veulent. Ce sera la capacité à délivrer de ce noyau dur de pionniers qui créera les conditions d’une nouvelle attractivité et l’assurance de l’utilité de l’Union européenne.

 

Paola MONPERRUS-VERONI - paola.monperrus-veroni@credit-agricole-sa.fr

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