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L’innovation, levier de réduction du gaspillage alimentaire

Parallèlement à la révolution technologique qui impacte toujours plus d’aspects de notre quotidien, nous vivons une prise de conscience de la fragilité de notre environnement et du besoin de protéger nos ressources. Pourtant, dans le monde, on estime que près d’un tiers des aliments destinés à la consommation humaine est jeté, ce qui représente environ 1,3 milliard de tonnes par an gaspillées, selon l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Dans ce cadre, des solutions innovantes émergent pour limiter le gaspillage alimentaire et gérer tant les surplus que les invendus.

Déchets alimentaires

Un défi collectif tout au long de la chaîne alimentaire

Le gaspillage alimentaire est observable tout au long de la chaîne alimentaire, du champ à l’assiette, et concerne tous les acteurs : producteurs, transformateurs, distributeurs, restaurateurs, consommateurs. Les causes du gaspillage alimentaire sont également nombreuses : surproduction, critères de calibrage et d’apparence, mauvaise gestion des stocks, etc.
Selon la FAO, les conséquences économiques directes du gaspillage de produits agricoles (à l'exclusion du poisson et des fruits de mer) sont estimées à 750 milliards de dollars par an dans le monde. En France, ce sont 10 millions de tonnes de nourriture qui sont jetées chaque année, selon l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), soit une facture estimée à 16 milliards d’euros !
L’innovation technologique permet aujourd’hui de développer des solutions ouvrant la voie à la création de services plus efficaces et performants en matière de réduction du gaspillage alimentaire. L’innovation produit permet, quant à elle, de valoriser plus largement les coproduits issus de l’industrie agro-alimentaire.

Lutter contre le gaspillage alimentaire in situ : un géant des services s’engage

À l’occasion de l’événement VivaTech qui s’est tenu à Paris du 16 au 18 mai derniers, Sodexo a lancé son programme de réduction du gaspillage alimentaire « Wastewatch », mené avec la start-up Leanpath. S’appuyant largement sur l’analyse de données, ce projet va être déployé sur 3 000 sites du groupe d’ici à un an.
Leanpath, basée à Londres et Portland, a développé depuis 2004 une technologie incluant une plateforme de collecte de données, un module d’analyse de la data et un coaching d’experts, qui permet, selon la start-up, de réduire de moitié la nourriture gaspillée par ses utilisateurs.
En pratique, des actions de modification des processus des cuisines de restauration collective peuvent être engagées sur la base des recommandations de Leanpath, et des changements comportementaux initiés afin de réduire le gaspillage alimentaire sur les sites dotés de cette technologie.

Réduire les invendus : les applications en première ligne

OptiMiam, Too Good to Go, HopHopFood : obtenir des produits à prix réduits ou gratuitement, c’est ce que proposent ces applications destinées à lutter contre le gaspillage alimentaire. Le principe est simple : mettre les utilisateurs en relation avec des commerçants ou des particuliers en leur permettant d’acheter des invendus ou des produits qui ne seront pas consommés.
La plus connue d’entre elles, Too Good to Go, est née au Danemark et s’est progressivement développée en Europe. Aujourd’hui, elle couvre 11 pays et compte 8 millions d’utilisateurs qui peuvent acheter les invendus de 15 000 établissements. Rien qu’en France, l’entreprise a permis d’éviter que près de 6 millions de repas soient jetés, ces derniers proposés tant par des commerces de proximité que par des groupes internationaux comme les enseignes d’Accor Hotel ou le Mandarin Oriental de Paris.
Au-delà de l’aspect bénéfique de la lutte contre le gaspillage alimentaire, ces applications permettent également aux commerçants de valoriser leurs invendus, et aux consommateurs de faire des économies.

Le recyclage des « déchets alimentaires » : de multiples possibilités de valorisation

Si les biodéchets sont valorisés pour produire de l’énergie depuis plusieurs années, notamment via la méthanisation, de nouveaux modèles émergent. Ainsi, dans la région Hauts-de-France, Innovafeed construit une nouvelle filière agro-industrielle qui utilisera les résidus de l’amidonnerie de Terreos afin d’élever des insectes lui permettant de produire de 10 000 à 20 000 tonnes de protéines par an, à destination de l’alimentation aquacole et animale.
En parallèle, l’innovation produit permet de valoriser les déchets alimentaires afin de produire des denrées à plus forte valeur ajoutée. Ainsi, aux États-Unis, Misfit Juicery, produit des jus à partir de fruits et légumes récupérés à hauteur de 70-80%, et SecondsFirst utilise des coproduits de la pêche pour préparer des galettes protéinées, en y incluant également des légumes hors calibre ou à l’apparence insatisfaisante, qui ne sont pas commercialisés.
Enfin, l’innovation produit peut se loger dans la récupération de déchets issus de l’industrie agroalimentaire pour créer des produits entièrement nouveaux :

  • The Coffee Cherry Company utilise les restes de cerise de café non valorisé, pour les convertir en une farine hautement nutritive,
  • Full Cycle Bioplastics s’essaye à produire un plastique biodégradable à partir de déchets alimentaires ou de résidus agricoles.

 

Réduire le gaspillage alimentaire est plus que jamais nécessaire dans un contexte de raréfaction des ressources et une démarche de développement durable de plus en plus prégnante. S’il n’existe pas de solution unique et globale, conjuguer de nouvelles approches plus raisonnées et de nouveaux modes de valorisation devrait permettre de réduire significativement ce gâchis.

 

Arnaud Rey
Arnaud.rey@credit-agricole-sa.fr

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