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  • 08.11.2018
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L'automne économique, les banques à l'est, la croissance à l'ouest

Cette première semaine de novembre affiche un fort appétit sur le front économique. Il faudrait presque une double chronique pour digérer tant d’informations stratégiques.

D’abord avec cette interview accordée au quotidien Les Echos par le patron de JP Morgan qui confesse se préparer à un Brexit dur et prévoit le transfert de plusieurs centaines d’employés du géant bancaire américain de Londres vers l’Europe continentale. Dernier patron d’une grande banque américaine en exercice ayant géré la crise financière de 2008, ce vétéran était cette semaine de passage à Paris. Et voilà le message qu’il a fait passer aux Echos : « A quelques jours d'un sommet européen décisif, Jamie Dimon dit se préparer à un Brexit dur, sans nécessairement l'anticiper. Mais son souci principal réside dans le « résultat ultime » des négociations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, qui prendra plus de temps. Bruxelles pourrait vouloir que tous les centres de données soient localisés au sein de l'UE, craint-il. Prévoyant, le géant bancaire va transférer plusieurs centaines de personnes de Londres vers l'Europe continentale avant l'entrée en vigueur du Brexit ». Et la France semble particulièrement bien placée dans l’esprit de Jamie Dimon.

Pendant ce temps, les nuages assombrissent le ciel économique allemand. Les Sages d’outre-Rhin sont en effet pessimistes. Et les Echos d’en expliquer les raisons : « Le conseil, composé de cinq économistes de renom, qui a rendu mercredi à Angela Merkel son rapport annuel sur la situation du pays, voit l'Allemagne «à la croisée des chemins» et sous la menace de multiples «risques» économiques. Ce climat d'incertitude pèse. Si bien qu'ils ont sérieusement révisé à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2018 et 2019: alors qu'au printemps ils s'attendaient à une progression de 2,3 % cette année, ils n'envisagent plus que 1,6 %. Comme la France. Pour l'année prochaine, la prévision est passée de 1,8 % à 1,5 %.

L'Allemagne ferait donc moins bien que la moyenne dans la zone euro : 2 % cette année, 1,7 % l'année prochaine. La locomotive économique du continent marque le pas ». Des voix s’élèvent désormais en Allemagne, l’inquiétude est perceptible après un long cycle de croissance quasi ininterrompu. Là encore, le Brexit est pointé du doigt, comme l’avenir incertain du multilatéralisme, où les choix budgétaires italiens. Isabel Schnabel, l'une des auteurs du rapport ajoutant : «La situation est critique pour la zone euro, en voyant surgir les mêmes problèmes qui existaient en Europe avant la crise financière de 2008 ».

L’Europe demeure donc un dossier brûlant, et c’est d’ailleurs plus à l’Est que les banques ont trouvé une nouvelle terre d’élection. Le marché polonais attise l'appétit des grandes banques européennes : une croissance forte et des perspectives de rentabilité supérieures à celle de la Vieille Europe. Et c’est le Figaro comme les Echos ou Le Point qui viennent éclairer cette nouvelle stratégie assumée : « Oubliez la zone euro et son environnement économique parfois frustrant ! La Pologne offre depuis plusieurs années un beau relais de croissance aux grands noms de la finance du Vieux Continent. Santander, BNP Paribas, Crédit Agricole, ING, Deutsche Bank s'y sont donné rendez-vous. Ce qui rend la Pologne si attractive est tout simplement son dynamisme : avec une croissance de 4,6 % en 2017, le pays reste en plein rattrapage. Mais aussi sa politique monétaire : le taux directeur de la Banque de Pologne s'élève à 1,5 % contre 0 % pour la Banque centrale européenne. Du point de vue des banques, cet environnement de taux plus élevés offre l'espoir de pouvoir encore gagner sa vie en prêtant de l'argent, ce qui n'est plus forcément évident en France. Autant d'atouts qui permettent, pour l'heure, de composer avec un contexte politique dit « illibéral ». Et ce qui rend le jeu encore plus ouvert, c'est que le marché polonais est très atomisé. Derrière le leader Bank Polski, au moins cinq établissements peuvent prétendre à la place de numéro 2. En France, le Crédit Agricole, le premier, a marqué son intérêt pour ce pays, en mettant la main sur Lukas Bank (devenu Crédit Agricole Bank Polska) au début des années 2000. Depuis, la banque verte a toujours confirmé son souhait d'y implanter son modèle de « Banque universelle de proximité ».

En plein automne économique et financier, les banques européennes ont compris que c’est parfois ailleurs qu’ils trouveront de nouveaux relais de croissance. Pas totalement à l’ouest, les banques…

Christian Moguérou

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