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  • #Chronique
  • 11.10.2018
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L'économie doute ! L'Europe aussi.

Le doute méthodique, donc cartésien, semble avoir envahi notre établi médiatique. L’Europe doute, l’Allemagne s’inquiète, l’Italie déroge à toutes les règles, l’Amérique hésite, on pourrait presque convoquer Artletty pour tenter d’expliquer le climat général. « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Plus sérieusement, la revue de presse internationale pourrait faire froid dans le dos. Alors parlons-en en face !

Dans l’hebdomadaire Le Point, Luc de Barochez tente d’apporter sa vision en titrant son éditorial de la sorte : « l’Europe après Merkel et Poutine ». Et d’ajouter dans ses colonnes : « Vladimir Poutine et Angela Merkel ont perdu toute intuition, (…) leur difficulté à gouverner va s’accentuer ». Nous y voilà ! Les gouvernants ne semblent pas en capacité de pousser les réformes ni de pouvoir inventer le temps d’après.

Et le Figaro Economie prend le relais de ce constat en publiant le rapport du FMI sur l’économie mondiale. Que dit-il ? « L'attitude commerciale agressive des États-Unis, le Brexit ou encore la hausse des taux d'intérêt américains incitent le FMI à revoir à la baisse ses prévisions de l'évolution du PIB en 2018 et 2019. La croissance de la France devrait être limitée à 1,6% cette année ». Et d’aller un peu plus loin : « Le dernier Panorama économique mondial de Maurice Obstfeld, le chef économiste du FMI qui prendra sa retraite à la fin de l'année, est marqué par des incertitudes grandissantes ». L'institution chargée de veiller sur la santé de l'économie mondiale revoit donc ses prévisions à la baisse dans ses dernières prévisions, présentées depuis Bali en Indonésie, où se déroulent les réunions d'automne du FMI et de la Banque mondiale.

En 2018 et 2019, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) mondial devrait se limiter à 3,7% au lieu de 3,9%.

Aux États-Unis, la croissance, stimulée par les mesures fiscales, restera exceptionnellement robuste en 2018 et elle sera en 2019 à peine inférieure aux prévisions antérieures, anticipe le rapport du FMI. À l'inverse, l'Europe de l'Est (Turquie incluse), le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord se porteront moins bien que prévu. Les pays en développement du Vieux Continent, après une insolente croissance de 6% en 2017, verront leurs performances retomber à 3,8% cette année et à 2% seulement l'an prochain. Le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord devraient faire mieux que l'an dernier mais ils limiteront leur croissance à 2% au lieu de 3,2% cette année. La zone euro n’est pas épargnée par ce ralentissement de l’activité, la France devrait donc perdre 0,2 point de croissance cette année par rapport aux prévisions d’avril dernier.

Le Brexit n’en finit pas de faire douter l’Europe, une fois encore, comme si cette décision n’aboutirait finalement à aucun accord. «L'hypothèse de plus en plus vraisemblable d'un «no deal», une sortie du Royaume-Uni sans accord avec les Vingt-Sept, ravive les inquiétudes de l'économie britannique et de ceux qui, en Europe, en subiraient indirectement le choc. Au fil des mois, les membres de la commission Transport et Tourisme au Parlement européen ne cachent plus leur pessimisme: un «no deal», une sortie du Royaume-Uni de l'Union sans accord, aurait des conséquences désastreuses dans le secteur du transport, qu'il s'agisse de l'aérien, du transport routier de marchandises, du maritime ou du ferroviaire. Baisse du trafic passager et marchandises, manque d'infrastructures aux frontières pour les contrôles douaniers ou sanitaires… «Plusieurs études sur le sujet indiquent que d'ici à 2030, les pertes moyennes cumulées pourraient représenter 0,44 % du PIB pour l'Europe à 27 membres et 4,2 % du PIB pour le Royaume-Uni selon un scénario pessimiste», résume un rapport sur l'impact du «no deal» sur le transport publié par la commission Transport du Parlement européen. «Nous avons cherché à évaluer les effets sur les pays et il apparaît clairement que la France sera aux premières loges ».

Pas facile donc d’entrevoir l’avenir avec sérénité et de pousser les réformes nécessaires. L’Europe n’est plus un sujet, c’est une obligation. Alors, passons à l’action !

Christian Moguérou

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