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  • 06.12.2018
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Où l’on reparle de fiscalité, entre autres choses…

Les débats sont vifs, les manifestations laissent des traces, le coût du mécontentement se chiffre déjà en milliards, les dégâts d’un côté, les conséquences économiques de l’autre. Le gouvernement a donc fort à faire, le président jugeant utile de replacer le sujet de la fiscalité au centre de sa communication. Et le quotidien Les Echos de s’étonner de voir le pouvoir en place rouvrir la porte à un retour de l’ISF. Tout en estimant qu'il était encore trop tôt pour juger de l'efficacité de cette réforme, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a indiqué que l'IFI, l’impôt sur la fortune immobilière pourrait être évalué dans un an, soit douze mois plus tôt que prévu . « Si quelque chose ne marche pas, on n'est pas idiot, on va le changer », a-t-il ajouté. Laissant la porte ouverte, implicitement, à un retour de l'ISF. Benjamin Griveaux a toutefois indiqué que « ce sujet-là [n'était] pas sur la table », demandant « 18 à 24 mois pour que la mesure fasse son plein effet ».

Le remplacement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par un impôt sur la fortune immobilière (IFI) pesant uniquement sur les actifs immobiliers est l'une des mesures phares du début de quinquennat d'Emmanuel Macron, mais elle est surtout devenue un marqueur négatif de son quinquennat. Par extension, le poids de la fiscalité dans notre pays est perçu comme l’une des sources de la jacquerie des « gilets jaunes ». Alors qui a raison ?

Le Figaro a voulu en découdre avec la pression fiscale qui pèse sur les travailleurs français en posant clairement la question qui fâche : « Les salariés français assommés de charges et de taxes ? Assurément, mais pas beaucoup plus que dans d'autres pays ». Pourquoi, alors, ce sentiment que le travail ne paye plus ? En cause, des prélèvements croissants sur la consommation, et un déclassement économique palpable. Et d’ajouter : « Vivre dignement du fruit de son travail », telle est l'ambition des réformes menées par le gouvernement, a encore rappelé le premier ministre ce mardi en annonçant les mesures prises pour calmer la colère des « gilets jaunes ».

Mais pourquoi les Français sont-ils si nombreux à constater que « le travail ne paye plus », malgré les chiffres présentés par les instituts de statistiques ? Le taux des prélèvements sociaux et fiscaux sur les revenus du travail est appelé communément « coin socio-fiscal ». Ce dernier prend en compte les charges et cotisations sociales, et également l'impôt sur le revenu. L'OCDE en publie régulièrement une estimation, et la France compte sans surprise parmi les pays les plus lourds du monde en termes d’impôts direct et indirects. En plus de ce « coin », le site d'informations sur les finances publiques Fipeco recense d'autres indicateurs relatifs à la pression sur le travail : rapport des prélèvements sur le travail au PIB, taux implicite de taxation... Et l‘économie française y figure toujours parmi les plus imposées, en haut de l'ensemble européen, lui-même économiquement peu dynamique ».

Mais la question qui transcende les partis et les économistes de tous bords est la suivante : pourquoi les Français ont-ils le sentiment que le travail ne paye plus ? Et le Figaro de tenter d’apporter une réponse : « Au-delà de l'analyse macro-économique des prélèvements, d'autres facteurs entrent en jeu aggravant la situation et le sentiment que le travail ne suffit pour vivre normalement. Il est impossible de conclure globalement sur les fruits réels du travail sans prendre en compte les prélèvements sur la consommation. Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron a effectivement fait baisser les prélèvements sur le travail, les transférant notamment, de facto, sur la consommation. Conséquence, le pouvoir d'achat semble in fine stagner. Les réformes de l'exécutif, simple manipulation comptable ? Dans les faits, le poids de l'État continue même d'augmenter. C'est d'ailleurs le message des « gilets jaunes », dont la révolte a trouvé son détonateur dans les taxes sur le carburant des particuliers. Bien qu'il s'agisse d'un prélèvement sur la consommation, il s'impose aux deux tiers de Français allant au travail en voiture, et grève d'autant leurs revenus. Électricité, gaz, contrôle technique... De nombreuses dépenses contraintes sont touchées par ce phénomène ». Et Le quotidien de pousser le bouchon un peu plus loin en titrant avec ironie : « L’État, partisan du moindre effort ? ».

Finalement pour que le travail « paye », il faut comparer les revenus professionnels avec les aides sociales fournies aux Français en fonction de leurs difficultés personnelles ou professionnelles. Un Français sur trois pense que notre système favorise l'assistanat, et 47 % d'entre eux pensent important de « mieux cibler les aides sociales ». Des prestations qui engloutissent un tiers du PIB, un record mondial. « Plus largement, ajoute Le Figaro, c'est toute l'action des services publics qui n'est pas jugée « à la hauteur », avec en filigrane une des grandes questions posées par les « gilets jaunes »: celle de la productivité de l'impôt, c'est-à-dire de l'efficacité des pouvoirs publics dans leurs différentes missions par rapport à l'argent prélevé ».

Monsieur le président, ne lisez pas la toute nouvelle couverture du Point ou bien abonnez-vous : « Les derniers jours du modèle français » … 

Christian Moguérou

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