• Taille du texte
  • Contraste
  • 08.02.2018
  • 5 min
  • 0

Rencontre avec Anna ILL : jeune artiste contemporaine soutenue par le Crédit Agricole

Rencontre avec Anna ILL : jeune artiste contemporaine soutenue par le Crédit Agricole

Partenaire de la biennale Jeune Création Européenne (JCE) de Montrouge, le Crédit Agricole a renouvelé son soutien en 2017 à la résidence de 4 jeunes artistes européens.

 
Chacun d’eux s’installent dans les ateliers de la Ville de Montrouge durant 3 mois pour concrétiser un projet artistique. A la fin de leur résidence, les collaborateurs du Groupe sont invités à visiter leur atelier et échanger avec chaque artiste sur son travail en résidence.
 
Sélectionnée à la Jeune Création Européenne (JCE) 2015-2017, Anna Ill, artiste espagnole, réside à Montrouge depuis octobre 2017. Arrivée au terme de sa résidence, elle nous a fait part de son expérience.
 

 

En tant qu’artiste, pouvez-vous nous en dire plus sur votre façon de travailler ?

Je m’inspire du quotidien, de l’espace dans lequel je travaille pour influencer mon art. J’utilise des objets trouvés dans les rues. Je les associe ensuite avec des objets neufs, ce qui me permet de combiner hasard – le fait de trouver cet objet par hasard – et choix de création. Je travaille également avec le textile, que je trouve dans les friperies par exemple. J’aime travailler des matériaux qui ont déjà une histoire, un vécu. Je ne connais pas le passé de ces objets. C’est ce manque de connaissance qui m’attire. Je cherche alors à raconter une nouvelle histoire, à leur donner une deuxième vie. En m’appropriant cet objet, je m’intègre alors dans une petite partie de sa vie.

 

Les nuisettes sont très présentes dans vos performances artistiques, que signifient-elles ?

Si j’essaye de l’expliquer, il s’agit un peu d’une obsession, le fait de vouloir collectionner quelque chose, comme ceux qui collectionnent des timbres par exemple. Tout a commencé avec une performance que j’avais effectué en portant une de ses nuisettes. La question d’intimité était très présente : à la fois parce que je pouvais me vêtir de ce textile, mon corps s’appropriant totalement la pièce, mais aussi parce qu’il s’agit d’un vêtement d’intérieur, lié directement à l’intimité d’une personne. La question de la féminité aussi m’attirait beaucoup. Je ne me considère pas féministe, je ne suis pas non plus féminine au quotidien, je ne me maquille pas, je ne porte jamais de robe d’ailleurs. Il n’empêche que je suis une femme, je me sens femme, et je le revendique par cette obsession. C’est ma manière d’exprimer ma propre féminité. Les nuisettes, ce sont une vraie source d’inspiration !

 

Pouvez-vous nous définir le concept d’intimité/extimité que vous abordez dans vos œuvres ?

L’extimité correspond au fait d’exposer son intimité. Sans être de l’exhibitionnisme, il s’agit du processus par lequel des fragments du soi intime sont proposés au regard d’autrui afin d’être validés. C’est d’ailleurs très actuel dans notre société, avec tous les réseaux sociaux que nous connaissons : Instagram, Snapchat etc. Ce concept d’extimité est arrivé dans mes travaux lorsque j’ai effectué mon œuvre pour la JCE (Jeune Création Européenne). J’étais déjà intéressée par les concepts d’intérieur / extérieur, donc ces deux notions étaient très liées. J’explore les limites qui séparent l’intérieur et l’extérieur que nous habitons constamment à travers le textile, la photographie et la vidéo. Mes œuvres racontent beaucoup mes relations avec les objets, ce qui donnent du sens à mes œuvres, et qui les rendent très personnelles. Elles sont la représentation de ma propre intimité, et mon intimité exposée correspond donc à cette extimité. L’intimité est un concept qui m’a beaucoup aidé dans mes travaux parce que c’est un peu ça l’art : c’est un voyage, un apprentissage sur soi-même, avec ta propre imagination, avec ta propre histoire.

 

Qu’est-ce que la résidence à Montrouge vous a apporté pendant ces trois mois ?

Une résidence de trois mois sur Paris, c’est comme un cadeau du ciel ! Il y a tellement d’expositions à faire, c’est très inspirant. Aussi, c’est la première fois que je vis seule, c’était une expérience incroyable, j’étais à 100% consacrée dans mon travail, j’avais mon atelier dans l’appartement, j’ai pu réellement réfléchir à mon art. C’est une vraie opportunité pour les artistes d’avoir trois mois à temps plein pour se focaliser sur sa passion. Pour la suite, je pars faire une résidence à Leipzig en Allemagne grâce au programme Pilotenkuenche, je vais partager l’appartement et l’atelier avec une autre artiste. Ce sera une expérience totalement différente, nous allons présenter des œuvres communes. Nous avons beaucoup de liens dans nos concepts, nous allons donc travailler en duo pour ne former qu’une seule et même personne, nous laisser emporter par l’une et l’autre, nous inspirer mutuellement.

 

Mise à part la résidence en Allemagne, quels sont vos autres projets artistiques ?

En parallèle, je travaille également avec des collectifs artistiques tels que Sandwich, The Poster Girls et plus particulièrement +0 Collective. Nous venons d’horizons totalement différents : Italie, Portugal, Espagne, Corée du Sud, Taiwan, Suisse, Turquie etc., et nous exposerons à Séoul en février 2018.

 

En savoir plus :

https://annailldotcom.wordpress.com/

https://www.instagram.com/inframondehumide/

Découvrez nos autres chaînes