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  • 2019/01/10
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Happy new IRE!

Il suffit parfois de franchir nos frontières pour découvrir ce que nos chers voisins pensent de nous. Et cette fois, c’est en Suisse que résonne plus fortement qu’ailleurs le signal d’alarme quant à la situation sociale française. Le très sérieux quotidien Le Temps s’est donc fendu d’une analyse sur « cette rage récurrente » qui s’empare régulièrement des Français, l’article faisant clairement allusion au mouvement des Gilets jaunes. Le titre de cette chronique s’en fait donc naturellement l’écho au moment même où nous adressons nos vœux.

L’ire française donc, cette colère viscérale en argot, ferait partie de notre culture, de notre inconscient collectif, voire de notre patrimoine historique. Et le quotidien Les Echos de poser le constat d’une baisse de moral notable de nos compatriotes depuis novembre 2018 : «la confiance des ménages est en chute libre depuis novembre. Les Français sont redevenus aussi anxieux quant à l'avenir économique qu'au milieu de 2014, en plein quinquennat de François Hollande. Ainsi, la confiance des ménages , calculée chaque mois par l'Insee, a chuté de nouveau de 4 points en décembre à 87 points, soit bien en dessous de 100, sa moyenne de long terme. Le mois précédent, le moral avait déjà perdu autant. Pire, la proportion de ménages estimant qu'il est opportun de faire des achats importants a fortement diminué et se situe à son niveau le plus faible depuis juin 2013 ». Voilà qui n’arrange pas nos affaires alors que l’année débute par ailleurs par une hausse du pouvoir d’achat des Français.

Cette situation challenge les espoirs placés par le gouvernement dans ses mesures d'automne. En octobre, la suppression des cotisations chômage et maladie pour les salariés et la baisse d'un tiers de la taxe d'habitation pour 80 % des foyers a permis de redonner du pouvoir d'achat aux ménages. Sans compter la hausse de la prime d'activité qui entrera en vigueur en février et la prime versée par certaines grosses entreprises à leurs salariés. Et Les Echos d’analyser ce paradoxe : «La déconnexion entre l'évolution du pouvoir d'achat et celle du moral des ménages a rarement été aussi importante. « Les Français font preuve d'un niveau anormal d'anxiété », estime Julien Manceaux, économiste à la banque ING. Sur le plan économique, ce n'est pas si grave, tempère Denis Ferrand, directeur général de Rexecode. « D'une part la consommation est d'abord déterminée par la variation du pouvoir d'achat, rappelle-t-il. D'autre part, la consommation n'est pas le seul moteur de la croissance. En 2019, l'évolution de la croissance par rapport à 2018 sera avant tout conditionnée par l'investissement des entreprises et il y a aussi de quoi s'inquiéter un peu sur ce point. »

Pourtant, tout n’est pas si sombre. Selon la Banque de France, les taux de prêt ont renoué avec leur plus bas historique, atteignant 1,50 % en moyenne au mois de novembre. L'encours de crédits atteint 1.003 Mds€. Un record absolu. La machine du crédit immobilier continue de tourner à plein régime. Au mois de novembre, selon les statistiques de la Banque de France publiées mercredi, l'encours de crédits immobiliers a passé la barre symbolique  des 1.000 Mds€, ce qui atteste de la dynamique éclatante de ce marché. Un marché boosté ces dernières années par la politique monétaire très accommodante de la Banque centrale européenne (BCE). A fin novembre, les banques revendiquent ainsi un stock de 1.003.163 M€ de crédits à l'habitat en portefeuille. Et le Figaro Economie de préciser : « Si les banques restent à l'offensive en dépit de la faible rentabilité de ce produit, c'est surtout pour maintenir leur part de marché. Considéré comme le produit d'appel par excellence, le crédit immobilier est considéré comme un outil essentiel pour fidéliser les clients. Le sujet est d'autant plus clef que ces derniers mois, sur fond de hausse des prix de l'immobilier, de fin des renégociations de prêts et de remise en cause de certains soutiens publics à l'accession à la propriété, la demande des ménages pour les crédits immobiliers a tendance à s'affaiblir. En 2018, la production de crédit immobilier devrait marquer le pas par rapport à 2017. Le courtier Vousfinancer.com table sur 200 milliards de production annuelle, contre 272 milliards enregistrés en 2017 ». Ainsi bat le cœur économique de ce début d’année, hésitant, anxieux, mais battant tout de même. Au même moment, c’est un autre bilan qui inquiète les marchés ainsi que le rapporte le quotidien Le Figaro : « Les défaillances d'entreprises sont en forte augmentation dans le monde en 2018. La hausse est très brutale en Chine (+60%) et assez marquée en Europe de l'Ouest (+2%), indique une étude de l'assureur-crédit Euler Hermes. Pas de doute, 2018 a été une mauvaise année pour les sociétés fragiles. Les défaillances d'entreprises ont progressé de 10% dans le monde. «En 2018, les défaillances ont confirmé la tendance à la hausse débutée en 2017 après sept années de baisse consécutive», souligne une étude de l'assureur-crédit Euler Hermes réalisée dans 43 pays représentant 83% du PIB mondial. Et cela ne devrait pas s'arranger. Les faillites devraient encore augmenter de 6% en 2019 ». La colère ne suffira pas à inverser cette tendance. Il est sans doute temps de nous souhaiter une belle année et d’agir pour nos vœux ne restent pas pieux.

Christian Moguérou

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