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International matters

Même si le débat sur la prochaine réforme des retraites bat son plein en France, ce sont les questions internationales qui alimentent cette semaine les éditoriaux de nos économistes.

D’abord avec le CETA dont le vote à l’assemblée a été une première fois reporté, tant le texte est controversé.

Cet accord, qui concerne 510 millions d’Européens et 35 millions de Canadiens, doit en effet être ratifié par la moitié des États membres de l’UE. Il prévoit de supprimer les droits de douane sur 98 % des produits échangés entre les deux zones. Les réactions ne se sont donc pas fait attendre. Les associations de défense de l’environnement et les lobbies agricoles honnissent le CETA. Ils lui reprochent notamment d’être contraire aux engagements du Canada et de l’UE sur l’environnement. Ils l’accusent de mettre en danger l’alimentation des Français avec l’arrivée de bœuf nourri avec des farines animales et de déstabiliser la filière agricole. Mais comme le précise Le Figaro, « cet accord est important face au climat préoccupant des tensions commerciales mondiales », plaide le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Deux ans après sa mise en application temporaire, il défend « un bilan déjà très positif », avec une progression des exportations vers le Canada de 6,6 % entre 2017 et 2018 ».   Ensuite, c’est la situation économique chinoise qui préoccupe les observateurs.

Avec 6,2% de croissance sur un an au deuxième trimestre, l’économie chinoise ralentit plus que prévu, notamment en raison des tensions commerciales avec les Etats-Unis. Un essoufflement notable qui signe ainsi sa plus faible performance depuis au moins 27 ans en dépit des efforts de soutien engagés par Pékin.  « Les conditions économiques sont toujours difficiles, tant en Chine qu'à l'étranger, la croissance économique mondiale ralentit et les instabilités et incertitudes externes augmentent », a déclaré lundi le porte-parole du Bureau national des statistiques (BNS), Mao Shengyong. Et le Figaro Economie de préciser : « Ce chiffre, conforme aux prévisions d'un panel d'experts sondés la semaine dernière par l'AFP, a été annoncé lundi par le Bureau national des statistiques (BNS), de concert avec une salve d'indicateurs sur la santé économique de la Chine. Il reste dans la fourchette de croissance visée par Pékin cette année: entre 6 et 6,5% (contre 6,6% en 2018). C'est la plus faible hausse du PIB depuis le début de la publication des données trimestrielles en 1992, selon l'agence Bloomberg.

Le président américain Donald Trump, qui ne cesse de dénoncer l'excédent commercial de la Chine vis-à-vis de son pays, a imposé l'an dernier des droits de douane punitifs sur de nombreux produits chinois. Washington a décidé en mai de porter ces surtaxes douanières de 10 à 25% sur 200 milliards de biens chinois exportés annuellement vers les Etats-Unis, après l'échec des pourparlers avec Pékin.

Mais Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping ont décrété fin juin une trêve dans leur guerre commerciale après une rencontre à Osaka (Japon) lors du sommet du G20. "La guerre commerciale a d'énormes répercussions sur l'économie chinoise", estime Edward Moya, analyste du courtier Oanda. "Et comme les négociations peinent à réaliser des progrès significatifs, nous sommes certainement encore loin du creux de la vague pour l'économie chinoise", selon lui ». Voilà qui n’augure rien de bon pour l’économie internationale en général. La semaine dernière, négociateurs chinois et américains ont repris le dialogue par téléphone sans toutefois annoncer de prochaine rencontre de haut niveau pour tenter de sortir de l'impasse.

Et le Figaro de poursuivre son analyse en nuançant: « Le fait qu'un indicateur économique soit conforme aux prévisions est tout de même un énorme soulagement », s'enthousiasme Stephen Innes, analyste de la société d'investissements Vanguard Markets.

Pour soutenir l'économie réelle, le gouvernement chinois s'est engagé en mars à baisser de près de 2.000 milliards de yuans (265 milliards d'euros) la pression fiscale et sociale sur les entreprises. Pékin joue également les équilibristes, en essayant de soutenir les entreprises ayant besoin de crédit, mais sans trop gonfler leur endettement.

Les banques chinoises ont ainsi été encouragées à gonfler leurs prêts aux PME, jusque-là délaissées au profit des grands groupes publics, souvent peu rentables ». Une sorte d’obligation afin de stabiliser également le taux de chômage urbain, facteur crucial pour assurer la paix sociale. Il a légèrement augmenté entre mai et juin, passant de 5% à 5,1%, selon les chiffres officiels. Mais cette mesure est loin de convaincre l'économiste de la banque ANZ, Raymond Yeung: "On se demande si davantage de crédit peut vraiment stimuler l'activité économique". Mercredi, le Premier ministre chinois Li Keqiang a appelé à renforcer le soutien aux entreprises tournées vers l'international et promis des allègements fiscaux, au moment où Pékin peine avec ses exportations.

Le mois dernier, les ventes de la Chine à l'étranger ont reculé de 1,3% sur un an, après un rebond de 1,1% en mai. Les exportations, fortement pénalisées par la guerre commerciale, sont un des piliers de l'économie du géant asiatique. C'est la raison pour laquelle la Chine poursuit le rééquilibrage de son économie, en mettant davantage l'accent sur la consommation intérieure.

Ces chiffres encourageants suggèrent que "la croissance est en train de se stabiliser" en Chine, estime Raymond Yeung. Stabiliser la croissance pour stabiliser un pays en proie aux doutes. La Chine se s’éveille, mais se réveille socialement aussi. Alors…

 

Christian Moguérou

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