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  • 2019/01/24
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With chinese ink

La neige, Davos, le blanc est mis. Et une certaine grisaille semble envelopper l’économie mondiale. Si Emmanuel Macron, Theresa May, ou encore Donald Trump, sont les grands absents du Forum économique mondial cette année, ils seront plus de 3000 participants à venir fouler la station d’altitude des Grisons.

Ce matin, c’est Bruno Le Maire, le ministre des Finances et de l’Economie qui y est apparu tendu, muni de ses nombreux dossiers, notamment ceux concernant la fusion Alstom-Siemens ou la taxation des Gafa, et portant cette déclaration inquiète : « le capitalisme est en crise ». Emmanuel Macron est quant à lui mobilisé par la crise des « Gilets jaunes » et le grand débat national. Le chef de l'État ne s'est en tout cas pas privé de réunir, lundi, le gratin du patronat mondial sous les ors du château de Versailles.

Mais c’est finalement de Chine que viennent les nouvelles faisant couler le plus d’encre. Le quotidien Les Echos pointe d’ailleurs l’inquiétude suscitée par les moindres performances de l’économie chinoise : « Sur l'ensemble de l'année écoulée, le PIB chinois a augmenté de 6,6 %, sa plus faible croissance en 28 ans. Faut-il à nouveau s'inquiéter pour la Chine ? », questionne le quotidien économique Les Echos. La deuxième puissance économique au monde est revenue au cœur des préoccupations des économistes et investisseurs, alors que se multiplient les signes de ralentissement. Faute de données fiables, les économistes s'interrogent sur l'ampleur réelle du ralentissement chinois. « Notre propre mesure suggère que la croissance a continué à ralentir à 5,3 %, contre 5,4 % au troisième trimestre », note Julian Evans-Pritchard, chez Capital Economics. Exportations, vente de voitures, production industrielle... Plusieurs signaux ont récemment viré au rouge. Ajoutez à cela La guerre commerciale avec les Etats-Unis qui ne pouvait plus mal tomber pour la Chine, brisant la confiance des entreprises et des ménages, au moment où la demande intérieure était déjà pénalisée par les restrictions d'accès au crédit et la lutte contre le « shadow banking ». Les Echos tentent alors de proposer une analyse plus fine des résultats du géant chinois : «Les craintes actuelles font aujourd'hui écho à celles de 2015-2016, lorsque les investisseurs s'inquiétaient d'un atterrissage brutal de l'économie chinoise, nourri par une forte chute des marchés et des sorties massives de capitaux hors de Chine. « La croissance ralentit mais ne s'effondre pas », relativise-t-on chez Capital Economics. « La situation n'est pas encore aussi mauvaise qu'en 2015-2016, lorsque la Chine avait traversé une période prolongée de croissance faible et de déflation dans l'industrie », estime Louis Kuijs, chez Oxford Economics». Mais d’autres analystes sont plus pessimistes, notamment à Hong Kong. Pour eux, le ralentissement est plus grave qu'en 2015, à la fois pour des raisons structurelles (baisse de la productivité du travail, vieillissement et endettement croissant de la population) et des facteurs cycliques (restrictions du crédit, baisse des prix à la production...). La Chine va devoir ainsi stimuler son économie à l’aide d’un véritable plan de relance. Mais le politburo du parti s’est exprimé sur l’ampleur de cette relance, précisant que « l’activité se maintiendrait dans une fourchette raisonnable ». La plus grande « incertitude » pour 2019 est l'évolution de la guerre commerciale et son impact », estime Wang Tao, analyste chez UBS.

Washington et Pékin se sont donné jusqu'au 1er mars pour parvenir à un accord. L'essoufflement de la croissance met Xi Jinping sous pression pour lâcher quelques concessions, tandis que Donald Trump multiplie les déclarations optimistes. Décidément, l’horizon de 2019 n’est pas tout à fait éclairci. Le FMI a récemment exprimé ses réserves.

L’histoire s’écrira-t-elle à l’encre de Chine ?

Christian Moguérou

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