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Réponse du Crédit Agricole au rapport d’OXFAM

A l’occasion de l’ouverture du débat parlementaire sur la nouvelle loi bancaire, l’association Oxfam France a lancé une campagne critiquant l’impact négatif supposé des activités bancaires sur la sécurité alimentaire mondiale et le droit à l’alimentation.

 

Oxfam France a ainsi publié, le 12 février dernier, un rapport portant sur la spéculation sur les matières premières agricoles et l’impact de cette spéculation sur la volatilité des prix alimentaires.
Le rapport d’Oxfam visait notamment BNP Paribas (engagements estimés selon le rapport à 1,4 milliard d'euros), BPCE (620 millions), la Société Générale (467 millions) et le Crédit Agricole (67 millions).
Les assertions nous concernant sont fausses étant donné que le Crédit Agricole avait déjà décidé fin 2011 et fin 2012 de cesser toute activité en la matière.

Cette information avait été communiquée à l’association avant la publication de leur rapport et Oxfam France a omis d’en parler en toute transparence dans le document.
Par ailleurs, Jean-Paul Chifflet, Directeur général de Crédit Agricole S.A. a adressé le 1er mars dernier au Directeur général d’Oxfam France, Luc Lamprière, une réponse détaillant la position du Groupe et regrettant la non prise en compte de la fermeture des fonds à notre initiative en amont de la publication du rapport.
Cette réponse, qui n’a pas dû satisfaire l’approche marketing de leur démarche, n’a pas été relayée par OXFAM France sur son site alors que les positions de BNP Paribas, Société Générale et AXA y ont été diffusées et malgré la promesse de diffusion donnée par Monsieur Lamprière. Grâce à notre insistance pour qu'OXFAM fasse preuve de transparence, cette lettre a enfin été publiée le 9 avril sur le site de l'association.

Lettre envoyé à Mr Luc Camprière :

 

Montrouge, le 1er mars 2013 

Monsieur,

Vous avez attiré mon attention sur les impacts que les activités bancaires de placement, d’investissement ou de gestion sur les matières premières agricoles sont susceptibles d’avoir, selon vos analyses, sur la volatilité des prix alimentaires et sur l’accès à l’alimentation.

Sans contester l’importance des problèmes posés par la « financiarisation » des marchés agricoles et l’impact de la volatilité des prix  agricoles sur la sécurité alimentaire, je tiens néanmoins à souligner la complexité de ces questions et les divergences de points de vue entre économistes. Comme vous le savez, Amartya Sen a montré, dès le début des années 1980, que l’environnement politique, culturel et social avait plus d’importance que les seuls équilibres des marchés pour favoriser l’accès à l’alimentation des populations fragiles.

Vous avez aussi conscience des rapports complexes existant entre les prix des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux et, localement, les conditions d’accès à l’alimentation des communautés fragiles. Des prix élevés sont parfois la condition de la viabilité de filières agricoles et de communautés rurales dans les pays en développement, comme ils l’ont été dans l’Europe en reconstruction des années 1950 et 1960.

S’agissant du Groupe Crédit Agricole, il avait développé, à petite échelle comparé à ses concurrents, des activités de courtage sur les marchés de dérivés de matières premières agricoles. Il avait aussi créé des petits fonds indexés, en totalité ou partiellement, sur des matières premières agricoles. Ces mécanismes répondaient à la demande de certains clients désireux d’être accompagnés dans la gestion de leurs risques de prix.  Malgré l’utilité de ces services pour les clients en question, notre taille modeste sur ces marchés spécifiques, ainsi que le constat que nous avons fait d’une régulation publique insuffisante desdits marchés, ont conduit le Groupe à cesser ces activités, et ceci bien avant la publication de votre rapport :

  • dès la fin 2011, nous avons mis fin à nos activités de courtage sur les matières premières, y compris agricoles : l'activité de l’équipe correspondante de CA CIB à Londres a été arrêtée ; la sortie de l'ensemble des risques de marché et de crédit du portefeuille est aujourd’hui faite pour l’essentiel et sera totalement achevée fin 2013;
  • à l’automne 2012, Amundi a décidé de fermer ses trois petits fonds exposés aux matières premières agricoles : le processus de liquidation vient d’être achevé, tant pour Amundi ETF Commodities S&P GSCI Agriculture, que pour Amundi ETF All Commodities S&P GSCI Light Energy et Amundi ETF Commodiites S&P GSCI Non Energy.

Toutes ces informations ont été communiquées à vos équipes dès que nous avons pris connaissance de la version préliminaire de votre rapport. Je regrette qu’elles n’aient pas été clairement reprises dans votre communication depuis lors. Malgré cela, et dans un souci de transparence due au public, nous vous transmettrons toutes les informations nécessaires dès que nous aurons connaissance de vos deux autres rapports sur les financements accordés aux grands producteurs européens d’agro-carburants de première génération, et sur l’inclusion de ces mêmes producteurs dans les fonds ISR.

Espérant avoir répondu à vos interrogations et pouvoir, à l’avenir, nouer avec vous un dialogue moins inégal que celui engagé par media interposés je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

 

Jean-Paul Chifflet