Pour une meilleure expérience de navigation et bénéficier de l'ensemble des fonctionnalités de credit-agricole.com, nous vous conseillons d'utiliser le navigateur Edge.
  • Taille du texte
  • Contraste
Vue aérienne de Shangaï

Après vingt ans de croissance intensive, la Chine (re)découvre le cycle. L’heure n’est pas encore à la récession, loin de là, sauf dans l’immobilier qui traverse une crise profonde et durable, mais au ralentissement, plus ou moins marqué selon les secteurs.

Bien sûr, il n’y aurait pas eu de sens à croire que la Chine continuerait de croître éternellement à 7% par an. Il n’empêche que, dans son processus de convergence, et surtout dans sa quête pour devenir la première puissance mondiale, le ralentissement chinois intervient trop vite et trop fort. La cible de croissance « autour de 5% » fixée en mars devrait bien être atteinte, mais uniquement grâce au dynamisme du premier trimestre, vite retombé.

Naturellement, tous les acteurs économiques ont repris leurs réflexes et se sont tournés vers les autorités chinoises, si efficaces pour relancer la machine en 2008, lors de la crise financière mondiale. Mais cette fois-ci, la réaction s’est fait attendre, et il n’est plus question de dépenser à tout va. Les espoirs des marchés, des investisseurs, des entreprises sont sûrement vains, car l’État chinois va poursuivre l’effort de désendettement entamé depuis 2016 et l’a annoncé clairement : la croissance pour la croissance n’est plus une priorité.

 

La « normalisation » ne fait que commencer

À court terme, l’urgence serait pourtant de provoquer un choc de confiance, afin de libérer une partie de l’épargne de précaution accumulée depuis trois ans par les ménages. Ces derniers, qui avaient massivement placé leurs actifs dans le secteur immobilier, sont actuellement confrontés à des arbitrages difficiles. Les banques ont été invitées à réduire les taux d’intérêt sur les dépôts, mais l’état du marché du travail, qui n’est plus vraiment reflété dans les statistiques – publiées ou non – est un frein à la désépargne. 

Les nouveaux investissements dans l’immobilier se font également lentement, malgré les mesures incitatives prises par les autorités (baisse du taux d’apport et allègement des réglementations pour les multipropriétaires), les ménages craignant de voir les prix continuer de baisser. Les marchés financiers restant encore peu développés pour les particuliers, l’heure est encore à l’attentisme. Et les victoires en demi-teinte, comme de meilleurs chiffres de ventes au détail qu’anticipé en août (4,6% en glissement annuel, quand le consensus prévoyait 3%), ne permettent pas de dire que la confiance est de retour. 

Un indicateur reflète l’état de l’économie et de la demande : l’inflation. Passée brièvement en territoire négatif en juillet (-0,3% en glissement annuel), elle s’établissait à 0,1% en août. Elle témoigne autant du peu d’appétence des ménages à consommer que du processus de normalisation du prix des actifs en cours, qu’il s’agisse des prix de l’immobilier ou des marchés d’actions. 

 

À court terme, sur quels moteurs peut compter l’économie ?

Pas sur la consommation donc, les ménages restant frileux. La décision des autorités de ne plus publier les statistiques du chômage des jeunes peut paraître anecdotique. Il s’agit pourtant d’une erreur de communication peu compréhensible, l’incertitude étant encore plus nocive que la connaissance du pire pour fixer les anticipations en économie. 

Pas non plus sur le commerce extérieur : les exportations se sont contractées en août de 8,8%, après  12,4% en juin et -14,3% en juillet. Si la contribution du commerce extérieur net à la croissance a été négative (-0,6 pp) au deuxième trimestre, c’est aussi parce que les importations baissent moins vite que les exportations. L’excédent commercial, qui s’était approché des 1 000 milliards de dollars, a retrouvé en août son niveau de juin 2022 et s’élève à 820 milliards de dollars, un niveau toutefois encore très largement supérieur à celui de l’avant-Covid, où il se situait autour des 450 milliards de dollars. 

Bien que les exportations chinoises en Asie du Sud Est soient restées dynamiques aux deuxième et troisième trimestres 2023, elles ne permettent pas de compenser le ralentissement de la demande venant du reste du monde, en particulier d’Europe ou des États-Unis. Et que ce ralentissement soit dû à une conjoncture économique moins porteuse ou à une évolution des stratégies d’approvisionnement fondée sur des considérations géopolitiques, le constat est le même : les volumes d’exportations connus en 2021/2022 ne reviendront pas. 

Reste qu’il ne faudrait pas enterrer le complexe industriel et manufacturier chinois trop vite. Le contexte géopolitique a changé, cela est indéniable, mais les infrastructures, l’écosystème des fournisseurs et la maîtrise de la logistique en Chine demeurent très au-dessus de ceux de ses principaux concurrents asiatiques, comme le Vietnam, l’Inde ou la Malaisie. 

À court et moyen termes, la production industrielle devrait donc toujours occuper une place importante dans la structure de la croissance, notamment dans les biens manufacturés liés à la transition écologique. La Chine est ainsi devenue le premier producteur et exportateur de véhicules électriques, même si les récentes annonces de l’Union européenne, indiquant vouloir mener des enquêtes sur les subventions de l’État chinois dans ce secteur, pourraient freiner les ambitions d’expansion chinoises sur certains marchés.

Malgré les attentes, il est peu probable que les autorités chinoises se lancent dans une politique budgétaire très expansionniste. Elles ont indiqué très clairement que la priorité était plutôt au désendettement et à l’assainissement du secteur immobilier, même si la digestion de la crise devrait prendre des années. Ces derniers mois, de nombreux parallèles ont été faits entre la Chine actuelle et la crise immobilière qu’avait connue le Japon à la fin des années 80.

Si les conséquences semblent actuellement similaires (désinflation – voire déflation – et risque de trappe à liquidités, étant donné la politique monétaire très accommodante menée par la banque centrale chinoise), les causes et le contexte général de l’économie sont très différents. Il n’y a pour l’instant pas de problème de surendettement du côté des ménages chinois, comme c’était le cas au Japon ou aux États-Unis en 2008. La bulle vient avant tout des promoteurs et du système de Ponzi qu’ils ont mis en place, avec la complicité plus ou moins consciente des municipalités, dont une part croissante des recettes (jusqu’à 40%) venait de la vente de terrains. L’exercice d’équilibriste auquel se prêtent maintenant les autorités chinoises est donc de désendetter les promoteurs et de faire reprendre les chantiers déjà payés, sans que les prix ne diminuent trop pour que la crise ne crée pas de pressions trop fortes sur les ménages et sur les banques dans lesquelles ils ont leur crédit, d’où un ajustement par les volumes (mises en chantier) plutôt que par les prix.

Le contexte est, contrairement au Japon des années 80, celui d’un pays encore émergent, dans lequel le développement administré de la périphérie (les villes dites « Tier-3 et au-delà) n’a pas tenu ses promesses, créant un risque de trajectoire « en K » entre des villes Tier-1 et Tier-2 toujours sous pression démographique et le reste du pays. C’est aussi l’échec de la politique de lutte contre les inégalités et de la « prospérité commune », dans un pays où les écarts entre centre et périphérie vont continuer de se creuser. Enfin, gardons en tête que cette crise intervient alors que le PIB par tête de la Chine est largement inférieur à celui du Japon lors de la crise immobilière. 

On aurait bien tort d’enterrer maintenant la Chine et ses ambitions de croissance. Forte de son secteur manufacturier, de la taille de son marché intérieur, des politiques sectorielles portant leurs fruits dans certains domaines comme celui des véhicules électriques. Il n’empêche qu’à court terme il est difficile de comprendre quels seront les futurs relais de croissance suffisants pour compenser l’affaiblissement du moteur qu’a représenté le secteur immobilier (jusqu’à 25% du PIB) ces vingt dernières années.

 

Sophie Wieviorka

Si vous souhaitez exercer votre droit d’opposition au traitement de vos données personnelles à des fins de mesure d’audience sur notre site via notre prestataire AT internet, cliquez sur le bouton ci-dessous.