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« L'augmentation du CO2 provoquera un réchauffement de la planète ». C’est ce qu’anticipait en 1856 la scientifique Eunice Newton Foote. La prévision était juste et, si comme chacun le sait aujourd’hui le réchauffement climatique a des conséquences désastreuses sur la nature, il se révèle également une menace pour certaines activités qui subissent de plein fouet le dérèglement du climat. Pompiers, mytiliculteurs, agriculteurs, restaurateurs, médecins ..., tous doivent s’adapter chaque année un peu plus aux aléas de la météo. Focus sur des métiers en transition.

Un impact de plus en plus marqué pour les métiers de plein air 

Pompiers : soldats du feu ou soldats du climat ?


L’année 2022 est particulièrement meurtrière pour la nature, ravagée par les incendies. En Europe, pas moins de 700 000 hectares étaient déjà partis en fumée fin août. France, Slovénie, Allemagne, Espagne, Roumanie, Portugal… rares sont les pays à être épargnés.

Pourtant, ces phénomènes, d’origine criminelle ou dus à des négligences, seraient probablement moins nombreux si la sécheresse, directement liée au réchauffement climatique, était moindre.

Cette catastrophe écologique, même si elle n’avait jamais connu une telle ampleur, n’est pourtant pas inédite. Entre inondations et feux d’espaces naturels, les pompiers, de plus en plus sollicités ces dix dernières années, voient alors leur métier évoluer. 

Meilleure préparation des territoires, prévention auprès de la population, renforcement et réorganisation des équipes de sapeurs-pompiers, modernisation et démultiplication de leurs équipements, développement d’innovations à l’aide des nouvelles technologies (ex : gel anti-feux, canadairs sans pilote, système d’alarme incendie connecté aux arbres, drone pompier, etc.) … La liste est longue. 

Toute la profession semble vouée à de grands changements dans l’idée de s’adapter à la contrainte climatique. 

Les métiers en lien avec la terre et la mer, durement exposés

Mytiliculture : les coquillages, bientôt un produit de luxe ?


La mytiliculture connaît depuis 15 années maintenant l’impact du réchauffement climatique sur les coquillages marins. La mortalité des moules, par exemple, est en forte progression. Ce phénomène est dû à l'acidification et au réchauffement de l'océan qui viennent fragiliser les coquillages. 

En Charente-Maritime (France), 30 à 60 % de moules meurent ainsi prématurément chaque année, affectées par la dégradation de leur milieu. L’affaiblissement des coquillages contraint alors les mytiliculteurs à se renouveler et à adapter leurs méthodes de culture, en mettant des filets par exemple autour des bouchots pour qu'elles ne se décrochent pas. 

Les variations brusques de températures de l’eau de mer jouent aussi sur la salinité de l’eau, ce qui entrave le développement des coquillages. Aussi, certains poissons prédateurs de coquillages, qui n’étaient pas présents avant, remontent avec le réchauffement de l'eau. 

L'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) a confirmé que ces phénomènes étaient liés au réchauffement climatique.

Agriculture : les événements météorologiques extrêmes détruisent les récoltes


Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les pertes de récoltes agricoles liées aux sécheresses et aux canicules auraient triplé ces 50 dernières années en Europe.

Les catastrophes naturelles, susceptibles de détruire des récoltes entières si elles surviennent au mauvais moment, peuvent même dévaster des terres cultivables. Dégradés, les sols perdent de leur productivité et peuvent devenir impraticables à l’agriculture. Le GIEC prévoit d’ailleurs que 8 % des terres agricoles actuelles pourraient devenir climatiquement inadaptées d’ici 2100, peut-être même jusqu’à 30% selon le scénario le plus pessimiste.

Certaines cultures sont déjà impactées : le maïs, le soja, le riz et le blé qui, selon les estimations, ont connu une perte de près de 10% de la production totale de céréales entre 1981 et 2010.

Par ailleurs, certaines récoltes se faisant plus tôt qu’à l’habitude, on assiste à une dégradation de leur qualité et à une complication du travail des agriculteurs, forcés à adapter le fonctionnement de leur structure et la gestion de leurs salariés à ces nouveaux calendriers.

Les destructions de récoltes obligent aussi à importer de la nourriture, ce qui entraîne pour les consommateurs une hausse des prix des produits.

Les agriculteurs prennent alors des mesures d’urgence pour contrer les aléas climatiques, telles que l’irrigation pour lutter contre la sécheresse et la mise en place de systèmes de propulsion d’air chaud pour contrer les gels tardifs. Mais ces solutions entraînent une hausse de la consommation d’eau et d’énergie fossile.

La mise en place de pratiques agroécologiques est plébiscitée sur le long terme. Il s’agit par exemple de :

  • Diversifier les cultures en intégrant notamment des légumineuses, qui permettent un meilleur maintien de la matière organique dans les sols.
  • Sélectionner les cultures les plus résistantes aux nouvelles conditions climatiques, sachant que tester la résistance d’espèces peut prendre plusieurs dizaines d’années.
  • Mettre en place ou maintenir les prairies et les infrastructures agroécologiques sur les terres agricoles : haies, ruisseaux, arbres… et une végétation permanente sur les parcelles dans le but de protéger les sols.
     

Ces pratiques permettent aux sols de stocker de l’eau, de renforcer leur richesse et leur résistance. Elles ont aussi l’avantage de produire une alimentation plus saine et diversifiée et de favoriser la biodiversité.

Apiculture : le climat, une menace de plus pour les abeilles


Le réchauffement climatique perturbe les activités des abeilles et autres pollinisateurs et les empêchent de « travailler » correctement. Les périodes de canicule, les vagues de froid et les pluies abondantes se révèlent meurtrières pour les pollinisateurs ainsi que pour les fleurs et les plantes. 

De moins en moins de fleurs à butiner signifie de moins en moins de nectar récolté, substance pourtant essentielle pour que les abeilles puissent faire du miel. Sans miel, elles ne peuvent plus nourrir convenablement leurs colonies, ce qui constitue un réel danger pour elles. Affaiblies et sous-alimentées, elles meurent plus facilement. Il n’est d’ailleurs pas rare pour un apiculteur de perdre 50% de ses ruches en une seule année.

Ces derniers doivent alors redoubler d’efforts : une meilleure ventilation et un déplacement plus fréquent des ruches, une sélection d’abeilles autochtones ou encore des traitements supplémentaires des pollinisateurs font partie des moyens déployés aujourd’hui.

Certains métiers plus classiques sont aussi touchés

Médecine : des consultations en lien avec le climat  


Etre médecin est un métier qui révèle bien des surprises ! En période de canicule par exemple, les motifs de consultation diffèrent : prise en charge de personnes âgées déshydratées et dont l’état général est altéré, aggravations soudaines de maladies chroniques, en particulier les insuffisances cardiaques ou respiratoires, nécessitant des ajustements de traitements et des hospitalisations. Par forte chaleur, la population en général est sujette aux insomnies, aux troubles anxieux et aux malaises, surtout pour les personnes travaillant en extérieur.

Par ailleurs, la pollution de l'air liée à la chaleur entraîne une démultiplication des allergies. Apparaissent alors davantage de problèmes respiratoires, l'asthme notamment, en particulier chez les enfants. Enfin, depuis quelques années, un nouveau phénomène prend de l’ampleur chez les jeunes : l’éco-anxiété. Considérée comme le nouveau « mal du siècle », l’éco-anxiété englobe l’anxiété liée au changement climatique, aux catastrophes environnementales (notamment l’élimination d’écosystèmes entiers et d’espèces végétales et animales), aux catastrophes naturelles et aux phénomènes météorologiques extrêmes, à la pollution de masse mondiale, la déforestation, l’élévation du niveau de la mer et au réchauffement de la planète. 

Or les professionnels de santé sont peu formés à ces enjeux et les hôpitaux ne s’adaptent que marginalement au changement climatique. Il devient aujourd’hui nécessaire que le secteur de la santé mette en place des stratégies d’adaptation et d’atténuation du réchauffement climatique et que le futur Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC) prenne la mesure du défi sanitaire !

Commerce : pas simple en zone inondable !


L’abondance de précipitations dans certaines régions se révèle très handicapante pour les commerces situés en bordure d’eau.

A chaque inondation, les commerces concernés doivent fermer pour tout nettoyer, racheter du matériel, tout réinstaller, voire reconstruire… Cela peut durer plusieurs mois avant que l’activité ne redémarre. Ces fermetures sont pénalisantes financièrement, même si les assurances interviennent.

Il faut alors se tenir informé de chaque risque d'inondations et dès qu'il y a une alerte, évacuer le matériel dans un endroit sécurisé. Des investissements sont mêmes de rigueur pour certains commerces qui stockent leurs marchandises dans des conteneurs et des camions à cet effet.

Bien d’autres métiers encore sont également touchés par le réchauffement climatique et doivent aussi s’adapter pour perdurer. 

Maigre consolation, il a une répercussion positive sur d’autres secteurs, en pleine expansion et qui recrutent à des postes de : climatologues, météorologues, juristes en environnement, consultants climat, chefs de projet éolien, responsables transition énergétique…

« C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas. » Victor Hugo, 1870

A retenir

Le réchauffement climatique nécessite pour certains métiers et activités de plein air, de la terre et de la mer, de la santé ou du tertiaire, une adaptation continue des méthodes de travail. S’adapter signifie souvent se réorganiser en interne, avoir recours à de nouveaux outils ainsi qu’à des investissements à la fois humains et financiers. 

De cette adaptabilité émergent de nouvelles idées permettant d’assurer un avenir aux activités menacées et ainsi d’éviter, dans des cas extrêmes, leur disparition.


Sources : France info, youmatter.world.fr, www.tf1info.fr, Les Echos, apiculture.net, reseauactionclimat.org

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