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Après un printemps marqué par le confinement de Shanghai, la Chine espérait peut-être que l’été marquerait un temps de répit. Il n’en a rien été.

Comme dans le reste du monde, les difficultés sont d’abord venues du côté de l’environnement, et des effets du changement climatique. Sécheresse et périodes de canicule le long du fleuve Yangtsé (le « fleuve bleu » qui traverse le pays d’ouest en est) ayant provoqué des feux massifs, mais aussi inondations meurtrières dans le Qinghai (nord-ouest), et maintenant séisme dans le Sichuan (est), dont la capitale Chengdu (21 millions d’habitants) subit actuellement un confinement drastique. Les menaces sur les cultures sont réelles, alors que la période des récoltes de riz approche et que les confinements ont pu conduire à des tensions sur les chaînes d’approvisionnement.

Car l’été n’a pas signé en Chine la fin de la stratégie du zéro Covid, bien au contraire. À l’approche du 20e Congrès du Parti communiste chinois, qui doit se tenir à partir du 16 octobre et conduire à l’élection de Xi Jinping pour un troisième mandat à la tête du pays et du Parti, la tendance est plutôt à la vigilance constante et renforcée. Au-delà de Chengdu, ce sont 65 millions de Chinois qui subissent des mesures de confinement strictes à l’heure actuelle, un chiffre qui pourrait augmenter à mesure que la date du Congrès se rapproche, surtout si de nouveaux cas devaient être détectés autour de Pékin.

Zéro inflexion sur le zéro Covid
 

« Quand cela s’arrêtera-t-il ? » se demande-t-on vu d’Occident ? Apparemment, ni les 0,4% de croissance du deuxième trimestre – la deuxième performance la plus faible après celle du T1 2020, en pleine première vague de Covid – ni les projections d’une croissance sous les 3% en 2022 (contre 5,5% pour la cible annuelle) ne sont de nature à remettre en question cette stratégie sanitaire, qui pourrait se poursuivre, murmure-t-on à Pékin, au moins jusqu’aux Lianghui (sessions parlementaires plénières) de mars, à l’issue desquelles tous les mouvements relatifs au nouveau mandat de Xi auront été entérinés.  

Certes, le système de santé chinois serait sans doute incapable de faire face à un afflux incontrôlé de malades, mais les cicatrices infligées sur l’économie se multiplient et s’approfondissent un peu plus chaque trimestre. Surtout, elles révèlent les distorsions d’un modèle de plus en plus déséquilibré. 

Les trois cicatrices de l’économie
 

Il y a d’abord le chômage des jeunes, 19,9% en juillet, une bombe à retardement pour le régime dont le contrat social repose sur la promesse d’une amélioration des conditions de vie à chaque génération d’enfants (uniques). 

Deuxième cicatrice bien visible : la déformation de la croissance, sur le plan régional. Alors que les trajectoires de croissance régionales épousaient celle du pays, le Covid a introduit de fortes disparités. Les villes, notamment celles ayant subi les épisodes de confinement ou les restrictions sanitaires les plus dures (Pékin, Shenzhen et surtout Shanghai), ont ainsi décroché plus fortement que le reste du pays. 

Fortement pénalisées par les contraintes sur les services et les déplacements, elles ont connu une année 2020 plus difficile que la moyenne nationale. En phase de reprise en revanche (2021), et au-delà d’un simple effet de base, la croissance a pu être soutenue par des consommateurs disposant d’un pouvoir d’achat et d’un réservoir d’épargne plus importants. Mais les confinements répétés, et la dégradation du marché du travail des jeunes pèsent de plus en plus. 

Du côté des provinces plus rurales ou des villes secondaires, l’impact sanitaire direct est moindre, mais les problèmes ne pas absents pour autant. Le principal vient bien sûr de la crise du secteur immobilier, qui touche particulièrement ces zones. Les superficies vendues (-27% sur douze mois), tout comme les mises en chantier (-36%), ont continué leur chute vertigineuse durant l’été, privant ainsi les municipalités d’une source de recettes conséquente (jusqu’à 50% des recettes totales). 

La crise s’est accentuée avec l’apparition de mouvements de citoyens refusant de payer leurs mensualités. Alors que seuls 60% des logements pré-vendus entre 2013 et 2020 ont été livrés, les chantiers à l’arrêt sont de plus en plus nombreux en raison de la faillite de dizaines de promoteurs. 

Au-delà des risques pesant sur le système bancaire, si ce mouvement venait à se généraliser, c’est tout un mode de développement qu’il faut revoir : pas sûr qu’après une telle crise de confiance, les ménages accepteront encore de pré-payer leur logement sans garantie sur leur date de livraison. Un schéma pourtant au cœur du secteur immobilier chinois, qui s’était transformé en une pyramide de Ponzi dans laquelle les promoteurs utilisaient l’argent reçu en prépaiement, non pour construire les logements concernés, mais pour rembourser leurs dettes ou acheter de nouveaux terrains. L’État a sa part de responsabilités en ne garantissant pas un cadre légal protecteur pour les consommateurs. Savoir s’il se positionnera comme prêteur en dernier ressort est une autre histoire, tant les montants invoqués sont vertigineux.

La troisième cicatrice se lit dans les contributions à la croissance. Le déséquilibre du modèle, pointé du doigt dès la fin de la première vague de Covid en avril 2020, se poursuit. Au deuxième trimestre, fait rare, les contributions des exportations nettes, de l’investissement et de la consommation à la croissance annualisée ont été presque identiques : 0,9 point de pourcentage (pp), 0,8 pp et 0,8 pp respectivement. Alors que l’excédent commercial bat chaque mois de nouveaux records – il a presque doublé depuis 2020 et dépasse les 850 Mds de dollars sur douze mois –, la consommation ne reprend toujours pas. Les ventes au détail étaient toujours en repli de 4,6% sur le dernier trimestre, tandis que le secteur des services progressait péniblement d’1,8%.

La réponse des autorités ? Un nouvel assouplissement monétaire, qui n’aura sûrement aucun impact sur les comportements de consommation des ménages.

Le consensus s’est fait surprendre par des données d’exportations inférieures aux attentes en août : 7,1% sur un an, après 18% en juillet, quand elles étaient attendues autour de 13%. Rien de surprenant cependant au regard des chiffres de la production industrielle, en nette décélération (+0,6% sur le dernier trimestre) et des PMI, rentrés en zone de contraction. Une trajectoire à surveiller, car un retournement de la demande extérieure priverait la Chine d’un deuxième moteur de croissance.

Pour la deuxième fois en trois ans, la Chine a abandonné sa cible de croissance annuelle. Le symbole est lourd de sens, d’autant plus qu’il intervient en cette période cruciale précédant le Congrès. Mais au-delà du symbole, ce sont les capacités de la Chine à rester une économie administrée, à maîtriser le cap de sa politique économique et contrôler sa trajectoire de croissance qui interrogent. C’est pourtant cette puissance planificatrice qui est au fondement du développement et du modèle chinois. Dans ce contexte, il n’est pas non plus étonnant de voir l’emprise de l’État se resserrer sur le secteur privé : le contrôle s’exerce là où il peut encore se faire (au sein des entreprises via une présence accrue du Parti, par pressions et amendes sur le secteur de la tech…). Une question en suspens cependant : quelle sera la stratégie post-Congrès ? Reviendra-t-on à un contrôle plus souple, sur le plan économique comme sanitaire ? Ou devra-t-on composer avec une Chine plus fermée, plus étatique, mais économiquement plus faible, dont la tentation sera d’aller chercher de nouveaux attributs de puissance à l’extérieur, à commencer par la mer de Chine ?

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