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La volonté de réduire l’usage des produits phytopharmaceutiques pour répondre aux attentes sociétales, sanitaires et environnementales a été matérialisée au niveau français par différents plans gouvernementaux dont la dernière mouture est Écophyto II+. Ces plans incluent la volonté de « promouvoir la reconnaissance et la diffusion des produits de biocontrôle » et une « stratégie nationale de déploiement du biocontrôle » a été publiée en novembre 2020 par le ministère de l’Agriculture. Mais qu’entend-on par biocontrôle ?

Le biocontrôle regroupe un ensemble de mécanismes de protection des végétaux ou de lutte contre les agresseurs basés sur l’utilisation de mécanismes naturels. Ces produits peuvent être utilisés seuls ou associés à d’autres moyens de protection des plantes, par exemple en complément de produits phytopharmaceutiques conventionnels, afin d’en réduire les doses utilisées au travers d’une efficacité renforcée ou d’une fréquence d’utilisation moindre.

Au sein des procédés de biocontrôle, nous pouvons distinguer trois grandes catégories. La première est celle des macro-organismes : ce sont principalement des insectes utilisés afin de lutter biologiquement contre un agresseur, l’exemple le plus célèbre étant celui de la coccinelle qui lutte contre le puceron. La seconde catégorie, celle des micro-organismes, est bien plus vaste dans ses sources et ses applications, mais elle est également moins connue sur le plan scientifique. Elle regroupe notamment les bactéries, les levures et les champignons. Enfin, la troisième catégorie regroupe des molécules d’intérêts, naturelles ou de synthèses, mimant alors des procédés existant dans l’environnement. On y retrouve par exemple les phéromones et les kairomones, mais également des substances naturelles d’origine végétale (extraits d’algues ou de plantes par exemple), animale ou même minérale.

S’agissant de produits phytopharmaceutique basés sur des mécanismes naturels, ils ne sont pas soumis à l'obligation de réduction des usages dans le cadre de la mise en place des certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP), mais doivent faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) à l’issue d'une évaluation complète des risques pour la santé humaine, la santé animale et l'environnement.

Le champs d’application de ces produits est très vaste alors que les impasses techniques et les résistances se multiplient sous le coup de l’interdiction de produits conventionnels, précédemment utilisés pour lutter contre certaines maladies. L’exemple récent des néonicotinoïdes contre la jaunisse de la betterave en est d’ailleurs révélateur. Pour autant, les produits de biocontrôle n’apportent pas aujourd’hui de réponse à chaque couple culture/agresseur, pour différentes raisons. Entre autres, du fait du processus d’AMM, leur développement est long et leur coût est encore souvent supérieur aux produits conventionnels, ce qui peut freiner leur adoption.

Néanmoins, en dépit de la relative jeunesse de ces solutions, les solutions de biocontrôle connaissent un succès croissant auprès des agriculteurs. Ainsi, l’association des entreprises du biocontrôle (IBMA) estime qu’elles devraient peser 10% du marché français des produits phytosanitaires en 2020 (versus 9% en 2019) et atteindre 30% en 2030.

Le biocontrôle ne sera sûrement pas l’unique solution de lutte contre les ravageurs, mais pourrait avantageusement s’insérer dans une dynamique d’innovation associant prévention, détection précoce et donc, nouveaux moyens de lutte. Très peu connues du grand public, ces solutions devront par ailleurs faire l’objet d’une communication spécifique, afin que la présence d’un pulvérisateur dans les champs cesse d’être assimilée à un traitement chimique.

Arnaud Rey