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L’Allemagne s’apprête à tourner la page de seize années de gouvernement sous l’égide d’Angela Merkel. Les défis que devra relever le prochain gouvernement ne manquent pas : réformer les retraites, pérenniser l’investissement public et mettre en œuvre la nécessaire transition écologique.

Les principaux candidats et ce qui les distingue

L’Union des conservateurs (CDU/CSU) s’est rangée derrière Armin Laschet, l’actuel Premier ministre de Rhénanie du Nord-Westphalie. Son programme intègre des réformes de centre-droit plutôt modérées, mettant l’accent sur un retour rapide de la règle du frein à l’endettement et la baisse du ratio de dette sur PIB. En matière de retraite, le parti souhaite conserver les conditions actuelles de cotisations et versements retraites mais veut renforcer davantage le système de retraite complémentaire privée.

Le Parti social-démocrate (SPD) a misé sur l’expérience gouvernementale d’Olaf Scholz. Il propose une revalorisation du salaire minimum à 12 € de l’heure, un relèvement des allocations familiales et le maintien inchangé du niveau des pensions. Une politique sociale financée par la réintroduction de l’impôt sur la fortune et de la dette supplémentaire dans le respect du cadre du frein constitutionnel à l’endettement.

La candidate des Verts, Annalena Baerbock met en avant une politique écologique plus ambitieuse que celle actée par le gouvernement sortant et qui se traduirait par une hausse des investissements publics de 50 Mds € par an jusqu’en 2030, ce qui impliquerait de déroger plus longuement à la règle du frein à l’endettement.

Le candidat du Parti libéral (FDP), Christian Lindner, envisage un abaissement du taux d’imposition des entreprises et des classes moyennes. En matière d’approfondissement de l’Union monétaire, il se montre volontiers conservateur : il est contre le partage du risque entre pays dans le cadre de l’Union bancaire et pour un retour rapide des règles du Pacte de stabilité et de croissance ainsi que la création d’une procédure de restructuration des dettes souveraines sous le contrôle du Mécanisme européen de stabilité.

Les têtes de liste de la gauche radicale (Die Linke) sont Janine Wissler et Dietmar Bartsch. Leurs propositions s’articulent autour d’une revalorisation des minima sociaux et des pensions ainsi que l’abaissement de l’âge de départ à la retraite à 65 ans. En matière de politique étrangère, le parti est surtout connu pour ses positions ouvertement anti-Otan et pro Nord Stream 2.

Les principales coalitions envisagées

À quelques jours des élections, les sondages permettent d’envisager six coalitions possibles permettant d’obtenir la majorité au Bundestag (établie à 300 sièges).

La coalition « kényane », constituée des conservateurs, des sociaux-démocrates et des Verts, créerait un déplacement de l’équilibre des forces vers le centre-gauche de l’échiquier politique, ce qui serait difficilement acceptable pour les conservateurs.

La coalition « allemande » des conservateurs avec les sociaux-démocrates, à laquelle viendrait se joindre les libéraux du FDP, mènerait vraisemblablement vers une politique d’orientation plus libérale et reléguerait le SPD au rôle de partenaire secondaire, ce qui semble peu envisageable, celui-ci étant crédité de la première place dans les sondages.

La coalition « feux tricolores » rassemblant le SPD, les Verts et le FDP semble propice à une orientation de centre-gauche qui serait tempérée par la présence des libéraux, mais nécessiterait des négociations ardues pour concilier les différentes exigences des partenaires.

La coalition « Jamaïque », réunissant les partis de l’Union, les Verts et les libéraux, ressort également comme une option réaliste, équilibrant les forces libérales CDU/CSU-FDP et réformatrices des Verts. Elle devrait elle aussi engager des pourparlers difficiles pour trouver un accord de coalition tenable.

La coalition de « l’union des gauches » qui engloberait le SPD, Die Linke et les Verts n’est pas exclue, mais reste cependant l’alliance la plus fragile dans les sondages. La position anti-Otan de la gauche radicale suscite par ailleurs la méfiance de ses éventuels partenaires.

La poursuite de l’actuelle « grande coalition » entre la CDU et le SPD semble théoriquement possible, mais sera très vraisemblablement évitée par les deux principaux candidats. Leur participation conjointe aux deux derniers mandats a considérablement terni leur image auprès de leurs électeurs qui se plaignent de trop de compromissions au sein de cette alliance. Il est ainsi plausible que chacun des partis préfère nouer d’autres alliances plutôt que de poursuivre l’actuelle coalition.

Quelles orientations à venir ?

Au regard des différentes coalitions possibles et compte tenu des sondages actuels, deux alliances plus crédibles semblent émerger : la coalition « Jamaïque » et la coalition « feux tricolores ». Une continuité de centre-droit pourrait être obtenue au travers d’une coalition Jamaïque. Celle-ci serait privilégiée si l’Union CDU/CSU arrivait en tête aux élections législatives. Elle évincerait le SPD mais devrait s’accommoder des exigences des Verts et du FDP. Sa mise en œuvre ne chamboulerait pas complètement l’orientation budgétaire du pays et garantirait l’application des objectifs environnementaux dont la mise en œuvre serait épaulée par des subventions et/ou des avantages fiscaux. En revanche, les ambitions des Verts en termes d’accélération de la dépense nationale et européenne pourraient se retrouver frustrées. L’autre possibilité réside dans l’élaboration d’un gouvernement de centre-gauche sous la forme d’une coalition dite « feux tricolores », en cas de première place du Parti social-démocrate lors des résultats. Une orientation plus souple de la politique budgétaire verrait alors le jour sans pour autant déroger au frein à l’endettement, la présence des libéraux servant de garde-fou à toute dérive budgétaire. Cependant, les résultats de ces élections risquent de s’avérer plus serrés à la sortie des urnes que dans les sondages. La capacité à négocier et à rassembler sera l’élément déterminant dans l’élection du futur chancelier allemand.

 

Philippe Vilas-Boas

 

Pour en savoir plus, consultez notre publication Allemagne – un renouveau politique post législatives ? du 16 septembre 2021