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À l’occasion de ses réunions de printemps, le FMI a actualisé ses prévisions de croissance et d’inflation, dressant le portrait d’un monde en ralentissement, marqué par une inflation structurellement plus élevée.

Dans ce contexte, les pays d’Asie tirent leur épingle du jeu, profitant notamment d’un environnement régional porteur, tiré par une Chine plus performante. Les perspectives du pays se sont logiquement améliorées depuis octobre dernier, grâce à la levée des mesures anti-Covid, qui ont totalement disparu depuis janvier. Avec une croissance attendue au-dessus de 5% – la cible officielle pour 2023 – la Chine devra cependant surtout compter sur les composantes internes de l’activité, notamment sur la consommation des ménages, qui redémarre lentement.

Dans le reste de l’Asie, le panorama a bien changé par rapport à 2021 et 2022 : les pays de l’Asean (hors Singapour), qui avaient tant souffert du Covid en raison de mesures sanitaires contraignantes et de campagnes de vaccination lentes, ayant retardé la réouverture de leurs frontières, ont vu leur cycle se décaler. Bénéficiant d’effets de base plus favorables et de l’effet chinois, ils devraient afficher en 2023 des niveaux de croissance élevés, pour certains (Philippines, Vietnam) supérieurs à 5%.

Ils profitent d’un contexte régional encore porteur, dynamisé par la réouverture chinoise, qui n’a pas encore livré tout son potentiel, notamment en termes touristiques. La Thaïlande et le Vietnam auraient ainsi beaucoup à gagner du retour des touristes chinois qui représentaient jusqu’à un tiers des visiteurs internationaux. La reprise des programmes de vols ainsi que des voyages organisés aide, mais les niveaux de fréquentation demeurent encore bien inférieurs à ceux de 2019.

L’Asie du nord (Corée, Taïwan), qui avait au contraire largement tiré profit de la période Covid, et notamment du super-cycle exportateur, voit ses perspectives se dégrader, en raison du ralentissement de la demande sur les biens technologiques (semi-conducteurs) et d’une accélération de l’inflation qui pèse sur la demande des ménages.
 

Une inflation structurellement plus élevée

C’est que le contexte actuel fait – comme toujours – des gagnants et des perdants. Les perdants, ce sont d’abord les pays les moins autonomes sur le plan énergétique. L’Inde, les Philippines ou le Vietnam pâtissent encore d’un prix du baril qui, bien qu’en baisse, demeure au-dessus des niveaux pré-Covid (autour de 85 dollars actuellement, contre environ 60 en 2019). Ces trois pays ont beau être ceux qui dégagent actuellement le plus de croissance, ils sont rattrapés par leurs faiblesses structurelles, dont la difficile maîtrise de l’inflation fait partie. 

De manière générale, le FMI anticipe que la majorité des pays d’Asie retrouveront un niveau d’inflation conforme à leur cible d’ici la fin de l’année 2023. Quelques exceptions cependant : les trois pays cités précédemment et Singapour, où la hausse des prix volatils (énergie, alimentaires) s’accompagne aussi de celle des prix du logement en raison des vagues d’arrivées d’expatriés venus notamment de Chine continentale et de Hong Kong. 

Enfin, le cas chinois demeure très particulier : alors que l’inflation a encore reflué en mars (0,7% sur un an, contre 1% en février), le FMI anticipe pourtant une hausse des prix supérieure à 3% en fin d’année. Cette projection est optimiste : elle suppose une nette accélération des prix et donc une hausse suffisante de la demande pour conférer un pouvoir de marché aux entreprises pour augmenter les prix d’équilibre. 

Or, deux facteurs tendent à indiquer que la route est encore longue. Du côté de la demande, le marché du travail (chômage et hausse des salaires) demeure mal orienté, ce qui n’incite pas les ménages à puiser dans leur épargne de précaution pour consommer. Du côté de l’offre, les prix à la production, qui sont souvent en avance sur le reste du cycle, ont encore reculé en mars (-2,5% en glissement annuel), signe que la tendance désinflationniste de l’économie est globale. Seule une reprise franche des services (tourisme et transports par exemple), exclus des prix à la production et secteur le plus affecté par les mesures zéro-Covid, pourrait justifier ce niveau en fin d’année. La parution des chiffres d’activité du premier trimestre la semaine prochaine permettra toutefois de faire un premier bilan post-réouverture.
 

Les inconnues du scénario

Si les pays d’Asie ne sont pas les plus exposés à l’inflation pour diverses raisons (mise en place de politiques de subventions aux carburants, autonomie énergétique et/ou alimentaire, faiblesse de la demande, réduction des marges des entreprises), ils subissent les effets de la hausse des prix dans le reste du monde via les taux. 

Généralement, parmi les premières victimes lors des phases de fuite des capitaux, les économies émergentes d’Asie sont contraintes de répercuter les hausses de taux décidées par la Fed, afin de continuer d’afficher un équilibre rendement/risque attractif pour les investisseurs. Alors que la Fed pourrait procéder à une, voire deux hausses de taux d’ici la fin de l’année, les pays d’Asie (hors Chine) seraient de nouveau face à un arbitrage difficile entre préservation de l’activité domestique et maintien de l’attractivité pour les investisseurs étrangers.

L’actualisation des prévisions du FMI montre une Asie résiliente, loin des inquiétudes de récession pesant sur les économies européennes. La réouverture de la Chine a rapidement nourri les espoirs des marchés, mais ne convainc pas encore tout à fait : privée de son moteur externe, le pays doit compter sur ses forces intérieures, largement mises à mal par trois années de mesures extrêmement restrictives. Dans son sillage, la Chine porte aussi les espoirs de la croissance régionale : la Thaïlande compte sur ses touristes, le reste de l’Asie sur ses besoins en matières premières et consommations intermédiaires. Conjuguées à une politique monétaire américaine stable, ou plus accommodante, les perspectives pour la zone seraient encore plus brillantes. C’est que l’Asie hors Chine a beau incarner le futur de la croissance mondiale, elle n’en reste pas moins tributaire du reste du monde et pas encore assez solide pour assurer seule les conditions de sa propre réussite.

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