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L’Usine du Futur en rempart à la paralysie de l’économie ?

Phénomène apparu il y a plus d’une dizaine d’années dans les grands pays industrialisés, la « quatrième révolution industrielle », conceptualisée en France sous le terme « Usine du Futur », offre des réponses aux difficultés qu’affronte le système productif face à la crise sanitaire actuelle

L’industrie manufacturière subit de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire actuelle. À titre indicatif, la Fédération des industries mécaniques estimait qu’à fin mars, seulement 40% des entreprises françaises de sous-traitance mécanique exerçaient au moins la moitié de leur activité normale et que 20% avaient réduit davantage encore leur activité. Par conséquent, ce ne sont pas moins de 40% des entreprises qui avaient cessé toute activité.

Les raisons de ce désastre sont multiples : confinement et absence des salariés, fermeture des sites fournisseurs et clients, approvisionnements bloqués avec la fermeture des frontières, etc. Les certitudes du passé ont été battues en brèche. La marche forcée vers la réduction des coûts a conduit à une mondialisation parfois aberrante. En effet, la fabrication d’un produit manufacturé résulte souvent de l’assemblage de composants produits sur plusieurs continents qu’il faut donc transporter, au mépris le plus élémentaire du respect de l’environnement.

 
Repenser l’industrie, c’est se remettre en question

Comment envisager le monde d’après ? Assurément l’industrie, indispensable à notre mode de vie, doit poursuivre sa mutation. Tirant les leçons de la crise du coronavirus, elle pourrait utilement s’inspirer des réflexions qui ont été menées depuis plus de dix ans sous le terme de « 4e révolution industrielle », encore appelée « Industrie 4.0 » en Allemagne, en référence à la digitalisation de l’industrie. En France, les pistes qui ont été explorées ont fait l’objet d’une synthèse, « l’Usine du Futur », sous l’égide de plusieurs organisations professionnelles.

Cette synthèse a retenu cinq axes technologiques : les technologies de l’information et de la communication (le Big Data, l’intelligence artificielle…), les nouveaux procédés de fabrication agiles (dont l’impression 3D), les machines intelligentes (la robotique collaborative), les nouveaux matériaux (les matériaux composites, les superalliages…) et enfin le contrôle, la surveillance et la traçabilité (les capteurs, le traitement de l’information, l’Internet des objets industriels…).

De mon expérience de l’industrie lourde, les erreurs d’investissement ne pardonnent pas. Aussi, les dirigeants de ces industries sont légitimement prudents vis-à-vis des virages technologiques. Néanmoins, l’ampleur et la nature sans précédent de la crise actuelle pourraient les inciter à un peu plus d’audace en faveur de concepts de l’Usine du Futur. En jeu : empêcher le blocage du système productif résultant du confinement des salariés ou des fermetures de frontières.

 

Le télétravail dans l’industrie ? C’est possible !

Le confinement a conduit les entreprises du secteur tertiaire, lorsque cela était possible, à généraliser le dispositif du télétravail. L’usine « sans hommes » est-elle envisageable ? Assurément non, en l’état actuel des réglementations, pour d’évidentes raisons de sécurité et d’intervention rapide, à l’image de la maintenance par exemple.

Cependant, le robot, programmé sur site, a fait son apparition dans les usines depuis les années 1950. Il remplace l’homme dans l’accomplissement de tâches répétitives et à faible valeur ajoutée, aussi bien de production que de manutention. Il ne cesse de se développer, conduisant malheureusement à la destruction d’emplois qui ne seront pas remplacés quantitativement par des emplois plus qualifiés. Dans un avenir assez proche, ce parc de robots pourra tout à fait être piloté à distance, pourquoi pas depuis le domicile sous forme de « télétravail ». De nouveaux outils vont contribuer à cette évolution, tels que la 5G qui va pouvoir répondre aux besoins de l’industrie en communication de masse : accroissement du débit et de la densité de connexions, contraction du temps de latence.

Une autre piste permet de réduire la présence de l’homme sur site : l’intelligence artificielle, qui consiste à « reproduire » le comportement de l’être humain dans son mode de pensée ou d’action. Elle se heurte non à un conservatisme mais plutôt à l’éthique (l’homme souhaite « garder le contrôle »), mais les mentalités pourraient évoluer à travers l’Internet des objets industriels. La sécurité constitue également un obstacle, celui de la cybercriminalité synonyme de menaces d’intrusion au cœur du savoir-faire de l’entreprise.

 

Production de masse, mondialisation, empreinte écologique… : il est temps d’agir !

De nouvelles technologies de production, comme la fabrication additive (impression 3D), remettent en cause la « course aux volumes » dans l’industrie. Sous la pression de la demande, l’activité industrielle s’oriente de plus en plus vers une production de proximité capable de fournir des produits plus adaptés à l’attente locale, voire de répondre à un désir de « personnalisation ».

L’Usine du Futur est donc aussi synonyme de réduction des flux intercontinentaux, permettant de faire face à des fermetures de frontières. Quel meilleur exemple que cette mini-usine d’impression 3D qui a été implantée au cœur de l’hôpital Cochin à Paris pour fournir au personnel soignant les pièces qui leur manquent ?

Le développement du « produit local » va d’ailleurs répondre aux exigences de plus en plus affirmées sur la réduction de l’empreinte écologique de l’activité industrielle. L’objectif à terme est de créer des écosystèmes diversifiés, tant au niveau des approvisionnements que des débouchés.

En résumé, l’Usine du Futur post-covid va accélérer la transformation de l’industrie, tant du point de vue de la chaîne de valeur que de l’organisation du travail dans et hors de l’usine, de la réactivité à la demande, de l’offre produits ou encore de la réduction à la dépendance des pays tiers.

 
Frédéric Lebon – frederic.lebon@credit-agricole-sa.fr

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