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La gestion des créneaux horaires, nouveau défi du transport aérien

En mars dernier, l’IATA, l’Association international du transport aérien demandait la suspension immédiate des règles d’attribution des créneaux horaires levant le voile sur une denrée essentielle à la vie des compagnies aériennes.

En donnant la permission à un avion de décoller ou d’atterrir à un instant donné dans un aéroport donné, ces slots sont la clef de voûte de la mise en place de leurs lignes régulières. Ils représentent pour ces compagnies aériennes une valeur stratégique, particulièrement pour celles qui opèrent dans des aéroports européens congestionnés.

Bien que leur existence soit quasi inconnue du plus grand nombre, la chute de près de 90% du trafic aérien les a mis en lumière auprès du grand public en même temps que les dysfonctionnements dans leur gestion.

Un droit d’usage plus qu’une propriété

Malgré son caractère primordial, un slot n’est pas possédé par la compagnie qui l’exploite. Sur chaque aéroport, le nombre de slots est limité par des contraintes d’encombrement des pistes et des infrastructures. Les compagnies, qui en ont le droit d’usage, s’engagent à les utiliser selon leurs déclarations, sous peine de perdre le droit de les utiliser à la saison suivante.

Une répartition et une gestion complexes

La répartition des slots entre les compagnies aériennes, effectuée par des coordonnateurs indépendants, repose sur trois piliers : l’accès équitable à un aéroport congestionné pour chaque compagnie aérienne, la gestion et l’optimisation du trafic aéroportuaire et la meilleure offre passagère possible à travers la diversification des lignes et l’attractivité des horaires.

Partout dans le monde, la crise sanitaire a entraîné une chute exceptionnelle du trafic domestique et international. Il aurait été naturel de penser qu’une telle diminution du trafic serait reliée à une disparition des contraintes de conservation des slots.
Or, l’éventualité d’une telle crise n’est pas prévue par la régulation internationale, et la nécessité de devoir utiliser les slots de décollage et d’atterrissage dans chaque aéroport, pour pouvoir prétendre à leur conservation, est devenue une véritable problématique.

L’absurdité environnementale des vols fantômes

Les proportions d’annulation de vols permises ne permettant pas d’absorber cette chute, la solution tampon fût d’affréter des vols fantômes, vides de passagers, décollant et atterrissant d’un même aéroport. Il aura fallu plusieurs semaines ainsi que le lobbying intensif des compagnies aériennes pour obtenir une levée temporaire de la régulation. Cette crise fût le révélateur de l’inertie du cadre administratif, opposant majeur à la flexibilité du transport aérien. Les revenus des aéroports dépendant du nombre de vols, la bataille entre compagnies aériennes et aéroports auprès des législateurs fait encore rage aujourd’hui.

 

Vers un marché secondaire des slots

Comme toute régulation liée à l’aéronautique, conçue par ailleurs à une époque où le trafic aérien était moins développé et où les acteurs low cost n’en étaient qu’à leurs balbutiements, la législation concernant la gestion du trafic aéroportuaire est lourde et évolue lentement. Cependant, une évolution possible du système semble faire l’unanimité, celle de la vente de slots entre compagnies aériennes.

En l’état actuel des réglementations, ces cessions ne sont tolérées qu’au Royaume-Uni, sous la forme d’un échange accompagné d’une compensation financière. Il est cependant dans la volonté de l’Airport Council International (ACI) que les échanges de slots se libéralisent, induisant une optimisation des capacités des aéroports, tout en rendant les compagnies aériennes plus résilientes au changement. Aucun des trois acteurs du transport aérien que sont les compagnies, les aéroports et les passagers ne s’en trouverait pénalisé.

Il est également à l’étude de faire varier les taux d’annulation et d’utilisation minimums autorisés, qui dans les cas extrêmes, peuvent atteindre une utilisation de seulement 64%, au détriment des aéroports. Les deux évolutions les plus probables de la législation concerneront certainement ces deux thématiques.

 

La crise de la Covid-19 a démontré le besoin de réformer le cadre administratif du secteur aérien, conçu et élaboré à une autre époque, pour un trafic aérien bien différent de celui d’aujourd’hui. Parfois considérés comme un vecteur de pratiques anti-concurrentielles, les slots mériteraient une mise à jour de leur réglementation pour s’adapter au trafic aérien contemporain, optimiser les infrastructures aéroportuaires et éviter les gaspillages inutiles. Une évolution qui permettrait de soutenir les efforts de l’aérien qui veut tendre vers un secteur plus durable.

 

Pascale Rombaut-Manouguian et Alexandre Brézillon

Pascale.ROMBAUT-MANOUGUIAN@credit-agricole-sa.fr

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