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Les monnaies digitales de banque centrale : opportunité ou menace pour les banques ?

Afin d’accompagner la numérisation des échanges économiques et de mieux tirer parti des nouvelles technologies pour assurer leurs missions traditionnelles, la plupart des banques centrales sont engagées dans des réflexions sur l’émission d’une monnaie sur un support numérique, qui viendrait compléter l’offre de monnaie sous forme d’espèces (pièces et billets) et de réserves. Dans la zone euro, la Banque centrale européenne étudie aujourd’hui les coûts et bénéfices d’une telle solution et pourrait annoncer le lancement d’un « euro digital » dès l’année prochaine .
Le concept de monnaie digitale de banque centrale (MDBC) recouvre toutefois des réalités différentes, selon les agents économiques qui peuvent y avoir accès ou la façon dont cet objet peut être détenu et échangé1.

Le concept de monnaie digitale de banque centrale (MDBC) recouvre toutefois des réalités différentes, selon les agents économiques qui peuvent y avoir accès ou la façon dont cet objet peut être détenu et échangé.

La MDBC « de gros » : une innovation technologique pour faciliter les transactions interbancaires

Une première forme de MDBC serait réservée aux transactions entre institutions financières. Elle permettrait de rendre plus efficients et moins coûteux les systèmes de paiement et d’échanges de titres et de monnaie entre banques, en tirant parti d’une innovation technologique : la blockchain. Cette innovation consiste à enregistrer ces échanges sur un registre numérique qui serait partagé par l’ensemble des institutions financières, plutôt que de confier la tenue des comptes à des intermédiaires. Des expérimentations sur la MDBC de gros sont en cours, associant plusieurs institutions financières et banques centrales. En France, elles ont déjà abouti à une émission de titres de créance sur une blockchain.

La MDBC « de détail » : une menace pour les modèles bancaires traditionnels

Une deuxième forme de MDBC serait utilisable par l’ensemble des agents économiques, y compris les particuliers et les entreprises. Elle serait à la fois un instrument de transaction et une réserve de valeur, stockée sur un support numérique. Ce support pourrait être assimilable à un billet numérique ou attaché à un compte bancaire, enregistré directement à la banque centrale ou dans une banque commerciale.

Les motivations des banques centrales pour émettre une monnaie digitale à destination des particuliers et des entreprises sont d’abord défensives. Il s’agit pour les banques centrales de contrer la baisse de l’utilisation des espèces dans les transactions du quotidien, mais aussi la concurrence de nouvelles formes de monnaies ou d’actifs digitaux : les crypto-monnaies. Cette concurrence est apparue en 2008 avec la création du Bitcoin et s’accentue avec les projets de stable coins, comme Libra de Facebook, dont les cours seraient moins volatils que les autres crypto-monnaies car indexés sur la valeur d’un panier de monnaies traditionnelles. Les dépôts en MDBC de détail pourraient par ailleurs être rémunérés par un taux d’intérêt et le pilotage de ce taux par la banque centrale pourrait alors constituer un nouvel instrument de politique monétaire.

Avec une valeur garantie par la banque centrale et une rémunération potentiellement attractive, la MDBC de détail pourrait avoir du succès auprès des particuliers et capter une partie des dépôts bancaires, ce qui emporterait des conséquences négatives sur la rentabilité, la solvabilité et la liquidité des banques. D’abord, cette captation affecterait la rentabilité : les banques seraient forcées d’augmenter la rémunération des dépôts ou de se refinancer davantage sur le marché monétaire, à des conditions qui deviendraient moins favorables. La perte d’information sur les transactions des déposants pourrait également affecter la pertinence des décisions d’octroi de crédit et la qualité des actifs bancaires. Enfin, les arbitrages entre dépôts bancaires et MDBC pourraient compliquer la gestion que les banques font de leur liquidité. La MDBC pourrait menacer davantage certains types de banques, en particulier spécialisées dans l’épargne et les services de paiement, que le modèle des banques universelles, dont les clients apprécient les solutions intégrées de dépôt, de paiement, de placement et de crédit. Elle impose toutefois à tous les acteurs traditionnels de proposer des solutions de paiement plus innovantes, plus intégrées au processus d’achat ou de facturation, présentant une valeur ajoutée supérieure aux utilisateurs.

 

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter la publication Perspectives Secteur bancaire – Les monnaies digitales de banque centrale : opportunité ou menace pour les banques ? du 3 novembre 2020

 

Lionel Potier
Lionel.potier@credit-agricole-sa.fr

 

1 https://www.ecb.europa.eu/euro/html/digitaleuro.fr.html

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